Campo : Camvert engage près de 22 millions FCFA sur 17 projets jeunes, via le fonds pour l’auto-emploi des jeunes

Publié le 05/02/2026

Réunis à Kribi les 29 et 30 janvier 2026, Camvert et plusieurs parties prenantes de la commune de Campo — autorités administratives, élites locales et acteurs communautaires — ont tenu le 4ᵉ atelier d’évaluation de la mise en œuvre des cahiers de charges liés au projet agro-industriel de palmier à huile conduit dans l’arrondissement depuis 2021. Les travaux visaient notamment à faire le point sur le PTA 2025 et à valider le dispositif du Fonds d’insertion socioprofessionnelle des jeunes de Campo.

22 millions FCFA annoncés… mais un mécanisme encore à éclaircir

Selon le document consulté, 71 projets ont été présélectionnés et 17 retenus pour un financement global « de près de 22 millions FCFA ». Les initiatives citées couvrent des activités variées : un projet piscicole (élevage de silures), deux unités de pêche artisanale, un secrétariat/bureautique avec service photo, une mini chambre froide, un salon de beauté/esthétique et une plantation de banane plantain.

Mais la question centrale porte sur la gouvernance du dispositif. Le dossier indique que « l’argent est déjà mis à disposition » et que « début février, un compte sera créé ». Le décaissement devrait être soumis à trois signatures, dont celle d’un représentant de la commune et celle « d’un membre de la commission mise en place ». Les financements sont annoncés remboursables à 0 % d’intérêt, selon un échéancier « pas encore déterminé », afin de permettre d’autres vagues d’appui. Les porteurs de projets devront également présenter des garanties.

Ces éléments soulèvent plusieurs questions d’intérêt public. Il s’agit notamment de l’identité des membres de la commission et des critères de leur désignation. Se pose aussi la question des garanties exigées et du risque d’exclusion des jeunes les plus précaires. La traçabilité des décaissements reste à préciser, qu’il s’agisse de la publication des bénéficiaires, des montants, des échéanciers ou des audits. Enfin, le caractère remboursable interroge sur la nature réelle du dispositif, qui pourrait s’apparenter à un mécanisme de microcrédit, avec des procédures, des recours et d’éventuelles sanctions en cas d’impayés encore non définis.

Les autorités alertent sur le risque de récupération politique

Présidée par le 3ᵉ adjoint préfectoral Luc Ndongo, représentant du préfet, la rencontre a présenté le fonds comme un instrument « structurant », tout en avertissant qu’il ne devait pas devenir un outil de « récupération politique ». L’avertissement souligne l’enjeu de neutralité et de transparence dans l’attribution des appuis, dans un contexte local sensible.

Le directeur général de Camvert, Mahmoud Mourtada, affirme que l’atelier a conclu à un taux de réalisation « à plus de 75 % » des réalisations sociales prévues en 2025. Il cite notamment l’entretien de la route Lolabé–Campo, des forages et des réhabilitations d’écoles. Il précise également que les ressources du fonds « seront disponibles dans les prochains jours » via les comptes de la commune, chargée d’en assurer la distribution.

Le dossier mentionne par ailleurs, au titre de 2025, la réfection de salles de classe et une opération d’établissement d’actes de naissance portant sur « plus de 200 dossiers », avec une audience foraine à Campo en septembre 2025. Ces éléments appellent toutefois des recoupements, notamment à travers les documents de réception, les constats de terrain, les listes de bénéficiaires, des photos datées, ainsi que les marchés publics ou notes techniques.

Bagyelis : formations citées, mais quelle portée ?

S’agissant des populations autochtones Bagyelis, le document indique que sept jeunes bénéficient de formations en couture, coiffure, technique d’animation et journalisme radiophonique, définies de manière participative avec des leaders communautaires. L’évaluation reste à approfondir, notamment sur les lieux et la durée des formations, l’identité des formateurs, les débouchés réels et les modalités de suivi post-formation.

Le dossier donne la parole à Albert Mboto Ndomi, présenté comme acteur social et promoteur d’une organisation de la société civile impliquée dans le volet social-environnemental. Il rappelle que le projet avait suscité des craintes de « coupe rase » et d’atteintes à la biodiversité, mais estime que l’étude d’impact et le plan de gestion environnementale et sociale ont encadré l’initiative.

Il nuance toutefois : « tout n’est pas rose », évoquant des « manquements » et la nécessité d’alerter l’entreprise sur ce qui « n’est pas bien fait ». Il appelle à une meilleure articulation entre développement local et conservation, dans une zone « confinée entre deux aires protégées » (parc marin côté plage, parc terrestre côté forêt, avec des campements bagyelis).

Les élites locales demandent davantage de place…

Autre voix, celle de Sylvestre Ngane, présenté comme élite de Campo. S’il parle d’un « patrimoine local » à pérenniser, il estime qu’« il y a encore beaucoup à faire » et appelle à une concertation accrue avec l’élite locale. Il formule une revendication précise : la création d’un poste de directeur des ressources humaines autochtone, affirmant qu’« on ne maîtrise pas la population locale qui travaille à Camvert » et qu’il n’y aurait « à peine » que quelques travailleurs originaires de la zone.

Ludovic Amara

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