Tchadiens, Gabonais et Congolais investissent dans les titres publics trois à quatre fois plus que les Camerounais

Publié le 05/03/2026

Au Cameroun, l’investissement des particuliers dans les titres publics peine à s’installer, notamment sur le marché des valeurs du Trésor piloté par la BEAC, la banque centrale des six pays de la Cemac (Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad et République centrafricaine). Selon les données collectées sur ce marché au 31 janvier 2026, les particuliers camerounais ont investi 25,9 milliards de FCFA dans les titres publics émis par les États.

Le contraste est net avec d’autres pays de la zone. Au Gabon — premier émetteur souverain de la Cemac — les particuliers ont souscrit 71,7 milliards de FCFA, un montant proche de trois fois l’investissement des particuliers camerounais, selon des données officielles. Sur la même période, les particuliers congolais ont injecté plus de 70 milliards de FCFA dans les titres publics émis dans la Cemac, soit là encore près de trois fois plus que leurs homologues du Cameroun.

Le Tchad se distingue davantage. Dans ce pays pourtant classé parmi les « petits poucets » du marché des titres publics de la Cemac avec la Guinée équatoriale et la RCA, la culture de l’investissement dans les valeurs du Trésor apparaît plus ancrée. D’après la BEAC, à fin janvier 2026, les particuliers tchadiens ont souscrit 108 milliards de FCFA, soit environ quatre fois le niveau observé au Cameroun, souvent présenté comme la locomotive économique de la sous-région.

Des particuliers globalement peu dynamiques

Au-delà de ces écarts nationaux, les personnes physiques restent une catégorie d’investisseurs marginale à l’échelle de la Cemac. À fin janvier 2026, elles ne détenaient officiellement que 3 % des valeurs du Trésor en circulation, pour un investissement global de 287,6 milliards de FCFA.

Les institutionnels (compagnies d’assurances, fonds de pension, etc.) se montrent sensiblement plus actifs : 1 808,8 milliards de FCFA d’investissements, soit 19,1 % de l’encours global sur la période sous revue. Les établissements de crédit non agréés comme spécialistes en valeurs du Trésor (SVT) détiennent 13,7 % des titres, pour une valeur totale de 1 297,3 milliards de FCFA.

La pension livrée, pirouette des SVT pour conserver les titres

Depuis le lancement du marché sous-régional des titres en décembre 2011, les banques agréées comme SVT restent les principaux investisseurs. Selon la BEAC, leurs portefeuilles titres atteignent 5 973,6 milliards de FCFA à fin janvier 2026, soit 63,2 % de l’encours global.

Cette domination s’explique par la réticence des banques-SVT à céder les titres à d’autres catégories d’investisseurs, ce qui accroît mécaniquement leur exposition au risque souverain. La réglementation impose pourtant aux SVT d’animer le marché secondaire, en cédant chaque année au moins 30 % des titres publics acquis sur le marché primaire.

Dans la pratique, ces intermédiaires privilégient des cessions entre eux, au détriment des particuliers et d’autres institutionnels, concentrant ainsi l’essentiel des titres dans leurs portefeuilles. Le phénomène est illustré par la montée des transactions de pension livrée interbancaire.

La pension livrée est un mécanisme de financement consistant à échanger des titres négociables contre de la trésorerie pour une période déterminée. D’après les chiffres officiels, en janvier 2026, les transactions par pension livrée sur le marché secondaire des titres publics ont atteint 826,9 milliards de FCFA. Sur la même période, des titres d’une valeur de 287 milliards de FCFA ont été cédés aux investisseurs, soit près de trois fois moins que les opérations de pension livrée.

Brice R. Mbodiam

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