Bini à Warak : trois groupements en lice pour auditer un projet énergétique enlisé depuis 2018

Publié le 04/06/2026

Le ministère de l’Eau et de l’Énergie a franchi une nouvelle étape dans le dossier Bini à Warak. Dans un communiqué publié le 3 juin 2026, le département ministériel dirigé par Gaston Eloundou Essomba a dévoilé la liste des candidats présélectionnés pour réaliser l’audit technique et financier du projet d’aménagement hydroélectrique de Bini à Warak, dans la région de l’Adamaoua.

Trois groupements ont été retenus à l’issue de l’avis de sollicitation à manifestation d’intérêt lancé le 31 mars 2026. Le groupement Auditec-Foirier Consulting arrive en tête avec 89 points, devant SICAF-Hydreole, crédité de 82 points, et Brainstorm Consulting-Moore-Labogexp, qui obtient 77 points. Ces candidats sont désormais admis à soumissionner à l’appel d’offres national restreint devant aboutir au choix du consultant chargé de conduire la mission.

Au-delà d’une simple procédure de passation de marché, cet audit constitue une étape sensible pour la relance du projet. Il doit permettre au gouvernement de disposer d’un état des lieux technique, financier et contractuel avant toute nouvelle phase de développement. La mission devra notamment vérifier les travaux déjà réalisés, leur conformité avec les engagements contractuels, les livrables disponibles, les montants effectivement investis et l’état des factures introduites en paiement.

Sur le plan financier, l’enjeu est important. L’audit doit clarifier les coûts historiques du projet, les dépenses engagées, les dettes éventuelles ainsi que l’exécution des financements mobilisés avant l’arrêt du chantier. Cette clarification apparaît nécessaire avant l’entrée dans un nouveau schéma de développement, notamment pour sécuriser les engagements de l’État, rassurer les partenaires financiers et réduire les incertitudes héritées de la première phase du projet.

Le projet Bini à Warak avait initialement été confié à l’entreprise chinoise Sinohydro Corporation Limited dans le cadre d’un contrat EPC signé en 2013. Il portait alors sur la construction d’un aménagement hydroélectrique de 75 MW destiné à renforcer l’approvisionnement en électricité des régions de l’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême-Nord. Le chantier, lancé avant d’être interrompu, est resté enlisé depuis 2018-2019, dans un contexte marqué par la suspension du financement associé au projet.

Dans la perspective de sa relance, le gouvernement camerounais a engagé un nouveau processus avec la société britannique Savannah Energy, appelée à développer le projet sous un modèle de producteur indépendant d’électricité. Le nouveau schéma envisagé ne se limite plus à l’hydroélectricité. Il prévoit un aménagement hybride hydro-solaire d’une capacité pouvant atteindre 95 MW, intégrant notamment une composante solaire photovoltaïque de 40 MW.

Cette évolution modifie la portée économique du projet. En combinant production hydroélectrique et solaire, Bini à Warak est présenté comme un actif stratégique pour le Réseau interconnecté Nord, une zone régulièrement confrontée à un déficit d’offre électrique. Sa relance pourrait contribuer à améliorer la disponibilité de l’énergie dans le septentrion, à condition que le montage financier, les responsabilités contractuelles et les passifs de l’ancien chantier soient clairement établis.

Les conclusions de l’audit seront donc déterminantes. Elles devraient permettre d’identifier ce qui peut être conservé, régularisé ou renégocié avant l’entrée dans une nouvelle phase de développement. Pour l’État comme pour les investisseurs potentiels, l’exercice vise surtout à transformer un projet longtemps bloqué en actif bancable, capable de mobiliser de nouveaux financements et de répondre aux besoins énergétiques du nord du Cameroun.

Amina Malloum

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