Alucam : une indemnité ENEO de 16 milliards FCFA allège les comptes fournisseurs, mais le redressement reste fragile

Publié le 05/06/2026

Les états financiers 2025 d’Alucam font apparaître une indemnité de 16 milliards FCFA liée à un « sinistre ENEO », comptabilisée dans les autres produits. Cette compensation a contribué à absorber une partie de l’encours fournisseur envers l’électricien, tout en améliorant significativement le résultat de l’exercice.

Selon les notes annexes aux comptes, le poste « autres produits » a connu une forte variation en 2025 sous l’effet de trois éléments : l’indemnité liée au sinistre ENEO, pour 16 milliards FCFA, l’apurement de factures non parvenues pour 2 milliards FCFA et la reprise partielle d’une provision sur le TEC pour 4 milliards FCFA. Ces produits ont fortement soutenu les performances comptables d’Alucam sur l’exercice.

L’effet de cette indemnité se lit aussi dans l’évolution des dettes fournisseurs. Le poste « fournisseurs dettes en compte hors groupe » est passé de 36,8 milliards FCFA en 2024 à 18,1 milliards FCFA en 2025, soit une baisse d’environ 18,7 milliards FCFA. D’après la note 17 des états financiers, cette diminution s’explique essentiellement par l’absorption de l’encours du compte fournisseur ENEO par l’indemnité de 16 milliards FCFA due à la suite du sinistre.

Cette opération a même fait basculer le solde du compte ENEO en position débitrice d’environ 3 milliards FCFA au 31 décembre 2025. Autrement dit, après compensation comptable, le solde du compte ne traduisait plus seulement une dette d’Alucam envers son fournisseur d’électricité, mais une position favorable à l’entreprise sur ce compte précis. Cette évolution explique également la progression du poste « autres fournisseurs débiteurs », passé de 1,2 milliard FCFA en 2024 à 4 milliards FCFA en 2025.

Ce mécanisme ne doit toutefois pas être confondu avec une amélioration structurelle de la trésorerie. Il s’agit d’abord d’un effet comptable lié à une indemnisation et à des opérations de compensation. Les états financiers ne précisent pas la nature exacte du « sinistre ENEO » ayant donné lieu à cette indemnité. Aucun élément des documents consultés ne permet donc d’établir formellement le lien entre cette compensation et un incident industriel précis.

Parallèlement, les comptes font apparaître une autre opération majeure concernant ENEO. La note 19 indique que l’État du Cameroun s’est subrogé à Alucam pour le règlement d’une dette validée envers ENEO, d’un montant de 20,9 milliards FCFA. Cette dette correspond aux consommations d’énergie électrique haute tension d’octobre 2023 au 31 décembre 2024. Cette opération est distincte de l’indemnité de 16 milliards FCFA liée au sinistre ENEO.

Sur le plan du résultat, l’amélioration est nette. Alucam a dégagé un bénéfice net de 279,3 millions FCFA en 2025, contre une perte de 23,8 milliards FCFA en 2024. Le résultat des activités ordinaires ressort à près de 2 milliards FCFA, après un déficit de 21,9 milliards FCFA un an plus tôt.

Mais cette embellie reste fragile. Le chiffre d’affaires recule de 94,4 milliards FCFA en 2024 à 80 milliards FCFA en 2025, soit une baisse d’environ 15 %. Les comptes montrent aussi que les capitaux propres demeurent négatifs, à -51,9 milliards FCFA à fin décembre 2025, contre -52,2 milliards FCFA un an plus tôt. Les notes annexes signalent en outre que le fonds de roulement et la trésorerie nette restent négatifs.

Pour restaurer ses fonds propres, Alucam envisage une recapitalisation par conversion en capital social des créances de l’État du Cameroun figurant dans ses livres au 31 décembre 2025. Selon les commissaires aux comptes, des actions sont en cours en vue de cette recapitalisation courant 2026, sur la base de créances de l’État inscrites au bilan pour 92,5 milliards FCFA.

A l’analyse, cette indemnité pourrait être liée à l’incident survenu en avril 2020 sur le site industriel d’Édéa. À l’époque, une rupture de l’alimentation électrique avait provoqué un incendie dans la salle électrique du complexe métallurgique, endommageant plusieurs cuves d’électrolyse et affectant durablement les capacités de production de l’entreprise. Aucune mention explicite dans les états financiers ne permet toutefois d’établir avec certitude le lien entre cet événement et l’indemnisation enregistrée en 2025. Depuis cet épisode, Alucam exploite son outil industriel en deçà de ses capacités. L’indisponibilité d’une partie de ses installations limite sa production, qui peine à dépasser la moitié de sa capacité nominale de 100 000 tonnes par an. 

Ainsi, le retour d’Alucam aux bénéfices en 2025 traduit moins un redressement industriel achevé qu’un assainissement comptable ponctuel, porté par des produits exceptionnels et des réaménagements de dette. La société améliore ses comptes, mais reste confrontée à une structure financière dégradée et à la nécessité de renforcer durablement ses fonds propres.

Amina Malloum

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