Landry Djimpe : « Sans rail, ports et énergie, même le minerai le plus riche reste une richesse immobile »

Publié le 05/06/2026

Associé d’Innogence Consulting, cabinet de conseil en stratégie et intelligence économique spécialisé sur les marchés africains, Landry Djimpe accompagne entreprises, investisseurs et institutions financières dans leurs décisions à forts enjeux, avec une expertise affirmée dans le secteur minier. Issu de la diaspora camerounaise et familier des réalités extractives du continent, il a notamment forgé son expérience auprès d’acteurs miniers en Afrique, en particulier en République démocratique du Congo, pays à la tradition minière centenaire.

À l’approche de Baraza Mining 2026, dont il est coorganisateur et qui se tiendra le 11 juin prochain, réunissant autorités publiques, opérateurs, investisseurs, experts et société civile autour du développement minier africain, il décrypte le « moment camerounais ». Comment le pays peut-il passer du potentiel géologique à l’exécution industrielle ? Fer, bauxite, or, cobalt, infrastructures, énergie, gouvernance, transparence, transformation locale et contenu national : pour le Cameroun, l’enjeu n’est plus seulement de révéler ou d’annoncer des gisements, mais de bâtir une industrie minière compétitive, responsable et durablement créatrice de valeur.

Baraza Mining Forum 2026 se tient alors que plusieurs projets miniers camerounais arrivent à un moment décisif. En quoi ce forum peut-il produire autre chose qu’un rendez-vous de networking ?

Baraza Mining Forum 2026 ne doit pas être un forum de célébration ni un simple espace de réseautage. Son utilité dépendra de sa capacité à produire des engagements mesurables, des feuilles de route concrètes et des outils exploitables après l’événement.

C’est le sens du Cameroon Mining Playbook 2026, qui vise à structurer une stratégie intégrée autour de trois priorités : l’industrialisation, la formation technique et les modèles de financement innovants. L’objectif est clair : sortir le Cameroun du piège de l’exportation brute et poser les bases d’une transformation locale plus ambitieuse.

Nous mettons également à disposition un dashboard interactif de données permettant de cartographier un pipeline de projets de plus de 5,5 milliards de dollars, notamment Minim-Martap, Colomine, Ngovayang et Mbalam-Nabeba. Cet outil doit permettre de confronter le potentiel géologique à la réalité économique d’un secteur minier solide qui contribue encore faiblement au budget national.

Un forum utile est un forum dont les conclusions peuvent être suivies, évaluées et réutilisées par les décideurs publics, les investisseurs, les institutions financières et les industriels.

Le projet Mbalam-Nabeba est plus complexe encore. Il représente un corridor de 9,3 milliards de dollars, mais sa pleine mise en service dépend de la construction d’une ligne ferroviaire lourde de 540 km et du règlement du contentieux entre le Cameroun et Sundance Resources devant la CCI de Paris.

Quels sont aujourd’hui les projets miniers réellement proches d’une production industrielle, et lesquels restent encore au stade de la promesse ou de la préparation ?

Il faut distinguer trois catégories : les projets proches de l’exportation, les grands projets freinés par des contraintes logistiques ou juridiques, et les dossiers en phase de relance ou d’études.

Dans le premier groupe, Minim-Martap et Grand-Zambi sont les plus avancés. À Minim-Martap, l’exploitation expérimentale a débuté sur le plateau Daniel, avec une première cargaison attendue à la fin du troisième trimestre 2026. Ce projet est aujourd’hui l’un des plus proches de la ligne d’arrivée, parce que l’opérateur a sécurisé une partie de sa chaîne logistique à travers des investissements dans le ferroviaire et les installations portuaires.

Grand-Zambi est également avancé. Plus de 600 000 tonnes de minerai de fer brut sont déjà extraites et stockées, selon nos données. L’opérateur a bouclé un financement de 68,7 milliards de FCFA, dont un prêt syndiqué local de 41,2 milliards de FCFA, pour installer son usine d’enrichissement et préparer l’exportation via des installations temporaires au port de Kribi.

L’or industriel de Colomine constitue un autre signal important. Il s’agit de la première mine d’or souterraine du pays, exploitée par Codias, avec une montée en puissance visée à 50 kg par mois.

Le deuxième groupe comprend les mégaprojets ralentis par des facteurs exogènes. Pour le fer de Kribi-Lobé, Sinosteel a déjà investi 120 milliards de FCFA, et l’État a formalisé sa participation gratuite de 10 %. Mais les premières exportations ont été reportées à 2027, le temps d’ajuster le calendrier industriel et de finaliser les infrastructures énergétiques et portuaires.

Le projet Mbalam-Nabeba est plus complexe encore. Il représente un corridor de 9,3 milliards de dollars, mais sa pleine mise en service dépend de la construction d’une ligne ferroviaire lourde de 540 km et du règlement du contentieux entre le Cameroun et Sundance Resources devant la CCI de Paris.

Enfin, certains dossiers restent en restructuration. Ngovayang, porté par Jindal Steel Power, progresse après la finalisation d’études d’ingénierie préliminaires. Quant au cobalt de Nkamouna-Lomié, l’État a retiré le permis à Geovic en 2025 pour le rétrocéder à la Sonamines, qui cherche désormais un partenaire industriel capable d’injecter les 300 milliards de FCFA requis.

Le principal obstacle au décollage minier camerounais est-il encore la connaissance géologique, ou plutôt la capacité à financer et coordonner les infrastructures, l’énergie et la gouvernance ?

Le principal verrou n’est plus géologique. Il est structurel.

Le Cameroun dispose d’un potentiel minier réel. Mais entre une ressource identifiée dans le sous-sol et une mine capable de produire, de transporter et d’exporter, il existe une chaîne très exigeante : rail, ports, énergie, financement, stabilité réglementaire, acceptabilité sociale et gouvernance.

Pendant longtemps, le pays a fonctionné sur une logique de potentiel. Il doit désormais entrer dans une logique d’exécution. Aucun grand projet minier ne peut devenir compétitif sans solution logistique crédible.

Le cas de Minim-Martap est révélateur. Pour préparer son premier chargement, Camalco, filiale de Canyon Resources, a dû dépasser son rôle d’opérateur minier en investissant dans la logistique. La société a injecté 9,852 milliards de FCFA pour porter sa participation dans Camrail à 26,9 %, et a acquis 42,8 % du Terminal Bois du port de Douala. C’est un signal fort : sans couloir de transport sécurisé, le gisement reste une promesse.

Grand-Zambi illustre la même difficulté. Le projet a nécessité un prêt syndiqué local, un accord spécifique d’alimentation électrique avec KPDC et une concession temporaire au port de Kribi, faute de terminal minéralier dédié.

Le sujet central est donc la mutualisation des infrastructures. Le Cameroun ne pourra pas financer durablement des projets en silos. Il doit structurer des corridors intégrés reliant la mine, l’énergie, le rail et les ports.

Les principaux gisements de fer et de bauxite sont éloignés des côtes. Leur compétitivité dépend donc du coût logistique par tonne, de la disponibilité du rail, de la capacité portuaire et de l’accès à une énergie fiable. C’est particulièrement vrai pour les minerais pondéreux, dont la rentabilité peut être fortement affectée par les coûts de transport.

Le permis d’exploitation de Minim-Martap est souvent présenté comme un tournant. Qu’est-ce qui manque encore pour que ce projet devienne une réalité industrielle, et pas seulement juridique ?

Un permis d’exploitation est une étape décisive, mais il ne garantit pas à lui seul la mise en production. Pour que Minim-Martap devienne un tournant minier, il faut franchir l’obstacle le plus lourd : la logistique d’exportation.

Le gisement représente plus de 1,1 milliard de tonnes de bauxite, avec une teneur de 51 % d’alumine et seulement 2 % de silice. Mais il est situé dans l’Adamaoua, à plus de 800 kilomètres des côtes. La qualité du minerai ne suffit donc pas. Il faut transporter de gros volumes, à coût compétitif et de manière régulière.

C’est pourquoi Camalco ne s’est pas limité à son titre minier. L’entreprise a investi dans Camrail pour sécuriser des capacités ferroviaires dans le cadre du plan de modernisation du réseau, et dans le Terminal Bois du port de Douala pour disposer d’espaces de stockage et de manutention.

Le vrai test de Minim-Martap ne sera donc pas seulement juridique. Il sera industriel : capacité à extraire, transporter, stocker, charger et exporter dans les délais annoncés.

Le Cameroun peut-il bâtir une industrie minière compétitive sans résoudre durablement la question du rail, des ports et de l’électricité ?

Non. Sans infrastructures lourdes, même un gisement riche reste une richesse immobile.

Les principaux gisements de fer et de bauxite sont éloignés des côtes. Leur compétitivité dépend donc du coût logistique par tonne, de la disponibilité du rail, de la capacité portuaire et de l’accès à une énergie fiable. C’est particulièrement vrai pour les minerais pondéreux, dont la rentabilité peut être fortement affectée par les coûts de transport.

Le modèle à privilégier est celui des infrastructures mutualisées. Construire une voie ferrée, un terminal portuaire ou une centrale électrique pour un seul opérateur serait économiquement fragile. Les corridors ferroviaires, les ports et le réseau électrique doivent être conçus comme des infrastructures partagées entre plusieurs projets miniers et industriels.

Le projet hydroélectrique de Nachtigal, avec ses 420 MW, peut jouer un rôle déterminant. Mais la capacité installée ne suffit pas : il faut que cette énergie soit disponible, compétitive et contractualisée pour les usages industriels.

C’est à cette condition que le Cameroun pourra sortir d’une logique d’extraction isolée pour construire une économie minière intégrée.

L’objectif affiché est de sortir de l’exportation brute. Le Cameroun a-t-il aujourd’hui les moyens industriels et énergétiques de construire de vraies chaînes de valeurs minières ?

L’ambition est inscrite dans la loi. Le Code minier impose qu’au moins 15 % des substances minérales extraites soient transformées sur le territoire national. Mais l’ambition juridique doit maintenant devenir une capacité industrielle.

La filière bauxite-aluminium est le meilleur exemple. Aujourd’hui, le Cameroun dispose d’une aluminerie nationale, Alucam, mais celle-ci importe son alumine brute. Avec l’entrée en production de Minim-Martap, le pays peut envisager une chaîne plus intégrée : extraction de bauxite, raffinage d’alumine, production d’aluminium et fabrication de produits semi-finis ou finis.

Le projet PROALU, à Douala, représente à ce titre un investissement de 88 milliards de FCFA, avec une mise en service visée en 2027. Il doit permettre de fabriquer localement des bobines, des câbles et des tôles d’aluminium, avec un potentiel de 1 500 emplois directs et plus de 30 milliards de FCFA d’économies de devises par an.

Mais la condition décisive reste l’énergie. On ne transforme pas des métaux avec des intentions, mais avec des mégawatts disponibles, stables et compétitifs. Alucam fonctionne encore en sous-régime, avec un manque à gagner estimé à 23 milliards de FCFA par an, lié à une capacité inutilisée de 30 000 tonnes.

L’exclusivité d’achat accordée à la Sonamines pour l’or et le diamant, ainsi que l’obligation de traitement en vase clos depuis janvier 2026, peuvent contribuer à assainir les circuits. Mais le Cameroun reste confronté à des faiblesses documentées dans la gouvernance.

Pour le fer, le court terme sera probablement marqué par l’exportation de concentré enrichi. La construction d’une sidérurgie locale prendra davantage de temps. L’industrialisation minière sera donc progressive. Elle dépendra de la synchronisation entre production minière, énergie, infrastructures et usines de transformation.

Deux ans après l’adoption du Code minier de 2023, quels effets concrets peut-on déjà observer sur l’attractivité, la transparence, le contenu local et la transformation ?

Le Code minier de 2023 a posé les bases d’un modèle plus souverain et plus exigeant. Mais le principal défi reste le passage de la loi à l’exécution.

Sur l’attractivité, le Code a clarifié le cadre des titres miniers et renforcé les exigences financières. Les investisseurs doivent notamment justifier de fonds propres représentant au moins 25 % du coût estimé des travaux pour obtenir un permis d’exploitation. C’est une mesure importante pour limiter les détenteurs spéculatifs de titres.

Sur la transparence, le bilan est plus contrasté. L’exclusivité d’achat accordée à la Sonamines pour l’or et le diamant, ainsi que l’obligation de traitement en vase clos depuis janvier 2026, peuvent contribuer à assainir les circuits. Mais le Cameroun reste confronté à des faiblesses documentées dans la gouvernance extractive, notamment sur la divulgation des bénéficiaires effectifs.

Sur le partage de la rente, plusieurs mécanismes sont importants : prélèvement obligatoire de 0,5 % à 1 % du chiffre d’affaires des multinationales pour le renforcement des capacités locales, rétrocession de 25 % des taxes d’extraction et redevances aux communautés impactées, et compte d’entiercement à la Banque centrale pour la réhabilitation environnementale des sites.

Enfin, l’État a sécurisé une participation gratuite et non diluable de 10 % dans les projets d’exploitation. L’enjeu n’est donc plus seulement d’avoir un bon texte. Il faut maintenant bâtir une capacité administrative et opérationnelle capable de transformer ces mécanismes en recettes, infrastructures, emplois et opportunités pour les PME locales.

Comment vérifier que les projets miniers profiteront effectivement aux PME camerounaises, aux travailleurs et aux communes riveraines, au-delà des obligations prévues par les textes ?

Le contenu local doit être mesuré, pas seulement proclamé.

Le Code de 2023 prévoit déjà des obligations fortes : 95 % des emplois non qualifiés réservés aux nationaux, priorité à la sous-traitance camerounaise, rétrocession de 25 % des taxes d’extraction aux communes impactées, et prélèvement de 0,5 % à 1 % du chiffre d’affaires des multinationales pour renforcer les capacités locales.

Mais le risque est connu : les PME locales peuvent être exclues par les normes techniques, financières, environnementales ou sécuritaires imposées par les grands groupes. Elles peuvent être juridiquement prioritaires, mais économiquement incapables de répondre aux standards attendus.

Il faut donc utiliser les fonds prévus pour financer la certification, la formation, la mise à niveau et l’accès au financement des PME camerounaises. Il faut aussi suivre des indicateurs simples : nombre de contrats attribués aux PME locales, valeur des marchés de sous-traitance, emplois permanents déclarés à la CNPS, montants effectivement reversés aux communes et projets communautaires réalisés.

Sans indicateurs publics, le contenu local restera une promesse juridique.

Pour que la transparence devienne un outil économique, il faut passer à une publication proactive projet par projet : contrats miniers, volumes extraits, taxes payées, engagements environnementaux, bénéficiaires effectifs et obligations de contenu local. C’est cette transparence opérationnelle qui peut rassurer les investisseurs sérieux, les communautés et les partenaires financiers.

Les standards ITIE, ESG et de traçabilité sont souvent invoqués. Pourquoi ne suffisent-ils pas, à eux seuls, à garantir la transparence du secteur ?

Les standards internationaux sont utiles, mais ils ne remplacent pas la volonté politique, la publication des données et le contrôle sur le terrain.

Le cas de l’ITIE le montre bien. Le Cameroun affiche un score de validation de 53/100, avec une appréciation préoccupante sur la divulgation des bénéficiaires effectifs. Cela signifie qu’il reste difficile d’identifier avec précision qui possède certains permis et qui bénéficie réellement de la rente extractive.

La traçabilité de l’or et du diamant reste également un enjeu majeur. On estime que plus de 10 tonnes d’or et 100 000 carats de diamants quittent illégalement le territoire chaque année, notamment vers les Émirats arabes unis. Le Cameroun est aussi exposé aux flux informels venant de pays voisins.

Pour que la transparence devienne un outil économique, il faut passer à une publication proactive projet par projet : contrats miniers, volumes extraits, taxes payées, engagements environnementaux, bénéficiaires effectifs et obligations de contenu local. C’est cette transparence opérationnelle qui peut rassurer les investisseurs sérieux, les communautés et les partenaires financiers.

La Sonamines devient un acteur central du secteur. Est-ce un accélérateur d’exécution ou un risque de confusion entre régulation, commerce et participation de l’État ?

La Sonamines peut être un accélérateur, mais à condition que son rôle soit clairement délimité.

Aujourd’hui, elle cumule plusieurs fonctions : elle intervient comme bras commercial de l’État, gère l’achat et la commercialisation de l’or et du diamant, participe à certains projets et porte les intérêts souverains de l’État dans les sociétés minières. Cette concentration de responsabilités peut accélérer l’exécution, mais elle peut aussi créer des risques de confusion si les frontières entre régulation, commerce et participation publique ne sont pas clairement établies.

La régulation doit rester du ressort de l’État et du ministère compétent. La Sonamines doit, elle, agir comme investisseur stratégique, bras commercial et outil de valorisation des participations publiques.

Ses résultats sont toutefois significatifs. Elle a collecté 640 kg d’or en 2024, bénéficie désormais de l’obligation de traitement en vase clos et porte un projet de raffinerie aux normes de la bourse de Londres. Elle gère également la participation gratuite de 10 % de l’État dans des projets comme Kribi-Lobé ou Colomine.

Son rôle dans le cobalt de Nkamouna-Lomié est également stratégique, après la rétrocession du permis retiré à Geovic. Mais plus la Sonamines gagne en puissance, plus elle doit être encadrée par des règles de transparence, d’audit et de séparation des fonctions.

Dans un secteur riche en annonces, quels indicateurs permettent de distinguer une promesse minière d’une retombée économique réelle ?

Il faut regarder l’exécution comptable et industrielle, pas seulement les annonces.

Le Cameroun a déjà connu des écarts importants entre promesses et réalisations. Sur la période 2014-2022, les chiffres officiels de l’Agence de promotion des investissements ont montré que 1 764 milliards de FCFA ont été effectivement investis sur 2 856 milliards annoncés, soit environ 61 %. Sur les emplois, l’écart est encore plus net : 14 354 emplois réalisés sur 42 697 promis.

Pour éviter de reproduire ce schéma dans les mines, il faut un tableau de bord public et auditable des projets. Il devrait suivre au minimum cinq indicateurs.

Le premier est le CapEx réellement dépensé sur le terrain, certifié par l’administration fiscale ou par un audit indépendant. Le deuxième est le nombre d’emplois permanents locaux déclarés. Le troisième est la part des achats locaux et de la sous-traitance captée par des PME de droit camerounais. Le quatrième est la contribution fiscale nette au budget de l’État. Le cinquième est le taux effectif de transformation locale.

Sans ces indicateurs, le secteur restera vulnérable aux effets d’annonce.

Il faut achever les textes d’application du Code minier de 2023 afin de réduire les vides juridiques et sécuriser les investisseurs comme les communautés. Il faut aussi solder les contentieux sensibles, notamment ceux liés à Mbalam et à Nkamouna-Lomié.

Si Baraza Mining Forum devait déboucher sur trois décisions concrètes avant 2027, lesquelles devraient être prioritaires ?

La première décision doit être réglementaire. Il faut achever les textes d’application du Code minier de 2023 afin de réduire les vides juridiques et sécuriser les investisseurs comme les communautés. Il faut aussi solder les contentieux sensibles, notamment ceux liés à Mbalam et à Nkamouna-Lomié.

La deuxième décision concerne les infrastructures. Le Cameroun doit sortir de la logique de projets isolés et structurer des corridors miniers intégrés : rail, ports, énergie, zones industrielles et services logistiques. Les investisseurs doivent être associés à ces financements, mais dans une logique mutualisée, pas dans des enclaves privées.

La troisième décision porte sur la mesure des retombées. Le pays doit mettre en place un tableau de bord public des projets miniers, avec des données sur les investissements réalisés, la production, les exportations, les emplois, les impôts, les contrats locaux, les engagements environnementaux et les montants reversés aux communes.

C’est à cette condition que Baraza pourra produire autre chose qu’un débat de plus : un outil de suivi de l’exécution minière.

Comment garantissez-vous que les sponsors et partenaires de Baraza n’auront pas d’influence sur le choix des panels, des intervenants ou des recommandations ?

La crédibilité du forum dépend de son indépendance éditoriale. Pour Baraza, cette indépendance repose sur une gouvernance autonome, portée par un consortium de cabinets indépendants. Les conventions de partenariat excluent tout droit de regard des sponsors sur la ligne éditoriale.

Cette autonomie est indispensable, car le forum doit pouvoir traiter les sujets sensibles : suspension du Cameroun par l’ITIE, divulgation des bénéficiaires effectifs, circuits informels de l’or et du diamant, rôle de la Sonamines, contenu local, fiscalité, environnement et retombées pour les communes.

Financer Baraza ne doit pas permettre d’acheter une complaisance. Cela doit signifier contribuer à un débat structuré, contradictoire et utile sur l’avenir minier du Cameroun.

Entretien mené par Baudouin Enama et Amina Malloum