Dette flottante : les avances de trésorerie accentuent les restes à payer de l’État, chiffrés à 1 026 milliards de FCFA

Publié le 20/07/2026

Le gouvernement camerounais établit un lien entre la multiplication des dépenses extrabudgétaires réglées par avances de trésorerie et l’accumulation des factures impayées au Trésor. Dans le Document de programmation économique et budgétaire 2027-2029, il annonce vouloir réduire le recours à ces décaissements afin de limiter la formation de nouveaux restes à payer.

À fin mars 2026, l’encours des restes à payer était maintenu à 1 026,3 milliards de FCFA, dont 452,5 milliards, soit environ 44 %, correspondaient à des factures âgées de plus de trois mois. La Caisse autonome d’amortissement précise toutefois que ce montant demeurait celui estimé à fin décembre 2025, dans l’attente de la consolidation des paiements effectués au cours du premier trimestre.

Le ministère des Finances attribue une partie de cette accumulation à « une multiplication de dépenses extrabudgétaires payées trop souvent malheureusement sous forme d’avances de trésorerie ». Ce constat signifie que les tensions de paiement ne proviennent pas seulement d’une insuffisance ponctuelle de liquidités. Elles trouvent aussi leur origine dans la manière dont certaines dépenses sont engagées et régularisées dans le budget. 

Des dépenses exécutées avant leur régularisation budgétaire

Dans le circuit ordinaire, une dépense publique doit être couverte par des crédits, puis engagée, liquidée, ordonnancée et payée. L’avance de trésorerie permet de mobiliser plus rapidement des fonds pour certaines opérations, sous réserve d’une régularisation budgétaire et comptable ultérieure.

Cet instrument n’est pas automatiquement irrégulier. Il peut notamment répondre à une urgence ou à une dépense dont le règlement ne peut attendre l’achèvement de toutes les étapes ordinaires. Le risque apparaît lorsqu’il devient un mode récurrent d’exécution, que les crédits correspondants sont insuffisants ou que la régularisation intervient tardivement.

La dépense est alors exécutée immédiatement, mais sa prise en charge définitive est reportée. L’administration doit soit rechercher les crédits nécessaires, soit différer d’autres règlements. Ce décalage contribue à engorger la chaîne de la dépense et à faire remonter les factures non payées dans les comptes du Trésor.

Le DPEB ne chiffre pas la part des 1 026,3 milliards de FCFA directement imputable aux avances de trésorerie. Les restes à payer comprennent également des dépenses régulièrement engagées mais non encore réglées. Le gouvernement présente néanmoins les dépenses extrabudgétaires comme l’un des facteurs explicites de leur renouvellement.

Une dette flottante qui se reconstitue malgré les paiements

Le problème persiste alors même que l’État affirme avoir consacré 232,5 milliards de FCFA en 2024, puis 230,4 milliards en 2025, à l’apurement de la dette flottante. Ces règlements représentent un total de 462,9 milliards de FCFA en deux ans.

Malgré cet effort, la dette flottante « tend à se renouveler dans certains domaines », reconnaît le gouvernement. Le document cite notamment les baux publics insuffisamment budgétisés, les loyers dus dans le cadre de certains partenariats public-privé et le rachat par l’État des dettes d’entités publiques.

En 2025, les restes à payer du Trésor et la dette non structurée suivie par la CAA ont représenté 715,6 milliards de FCFA parmi les besoins de financement et de trésorerie de l’État. Ce montant s’ajoutait au déficit budgétaire de 350,2 milliards, à l’amortissement de la dette de 706,8 milliards et au remboursement de 49 milliards de crédits de TVA.

Ces chiffres montrent que les impayés ne constituent plus un simple poste comptable. Ils absorbent une part importante des ressources de trésorerie et réduisent les marges disponibles pour financer les dépenses nouvelles.

Les fournisseurs financent temporairement l’État

Pour les entreprises, les restes à payer correspondent à des prestations déjà exécutées ou à des biens livrés, mais non encore réglés. Lorsque ces retards se prolongent, ils reviennent de fait à faire financer temporairement l’État par ses fournisseurs.

Les entreprises concernées doivent alors continuer à payer leurs salariés, leurs sous-traitants, leurs impôts et leurs banques sans avoir encaissé les sommes dues par l’administration. Cette situation peut provoquer des tensions de trésorerie, retarder les investissements ou accroître le recours au crédit bancaire.

Le coût de ces délais peut ensuite être répercuté sur la commande publique. Un prestataire qui anticipe un règlement tardif peut intégrer dans son prix le coût du financement bancaire, le risque de change ou la probabilité d’un dépassement des délais contractuels.

L’accumulation des restes à payer transforme ainsi une contrainte de trésorerie publique en risque financier pour les entreprises travaillant avec l’État. Elle peut aussi fragiliser les petites et moyennes entreprises, moins capables que les grands groupes de supporter plusieurs mois d’impayés.

Un problème de transparence et de crédibilité budgétaire

Le recours répété aux avances de trésorerie pose également une question de lisibilité budgétaire. Une dépense exécutée en dehors du calendrier ou des procédures ordinaires peut ne pas apparaître immédiatement dans les crédits consommés, alors même que l’obligation financière existe déjà.

Cette situation complique l’évaluation du coût réel des politiques publiques et réduit la capacité du Parlement, des organes de contrôle et des citoyens à suivre l’exécution du budget voté. Elle peut également conduire à reporter sur les exercices suivants des dépenses décidées au cours de l’année précédente.

Pour les trois prochaines années, le gouvernement annonce donc vouloir « réduire les avances de trésorerie et par conséquent limiter l’accumulation des restes à payer ». Cette orientation figure parmi les mesures destinées à maîtriser les dépenses courantes et à consolider les finances publiques.

La formulation établit clairement le lien recherché par les autorités entre la réduction des avances et le ralentissement de la dette flottante. Elle ne précise cependant ni le montant actuel des avances, ni le plafond futur, ni les administrations les plus concernées.

La portée de l’engagement dépendra des instruments retenus pour en mesurer l’exécution. Le DPEB ne fixe pas, à ce stade, de trajectoire chiffrée de réduction des avances de trésorerie. Il ne fournit pas non plus de ventilation par ministère, par catégorie de dépenses ou par bénéficiaire.

Baudouin Enama