
Le groupe camerounais de services financiers et d’investissement Emrald Securities Services (ESS) a annoncé, le 5 octobre 2026, le lancement au Cameroun d’ESS Finance, sa filiale dédiée aux activités de microfinance. Le Cameroun devient ainsi le deuxième pays d’implantation de cet établissement de microfinance (EMF) de deuxième catégorie après le Gabon, où ESS Finance opère depuis février 2025.
Avec cette nouvelle filiale, le groupe fondé et dirigé par le Camerounais Christian Din Dika (photo), ancien du Douala Stock Exchange (DSX) et du groupe bancaire marocain Attijariwafa, porte à trois le nombre de ses entités opérationnelles au Cameroun. ESS y est déjà présent à travers ESS Bourse, sa société de bourse, et ESS Asset Management, spécialisée dans la gestion d’actifs.
Le calendrier de déploiement d’ESS Finance au Cameroun n’a pas été précisé. Mais l’arrivée de ce nouvel établissement intervient sur un marché déjà très concurrentiel. Pour l’année 2026, le ministère des Finances a agréé 385 établissements de microfinance au Cameroun. Les autorités camerounaises rappellent régulièrement que ces institutions jouent un rôle important dans le financement de l’économie locale, notamment en zones rurales, où les banques sont peu présentes, voire absentes.
L’essor de la microfinance au Cameroun s’explique aussi par le poids économique du pays dans la sous-région. Le Cameroun est souvent présenté comme la locomotive économique de la Cemac — Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad et RCA —, avec environ 40 % du tissu industriel sous-régional, selon des données officielles. Cette base productive plus diversifiée élargit le vivier de clientèle des acteurs financiers, qu’il s’agisse des EMF ou des banques commerciales.
Signes de fragilité
Mais le dynamisme du secteur cohabite avec plusieurs fragilités. Depuis quelques années, les liquidations et placements sous administration provisoire se multiplient, alimentant les inquiétudes des clients sur la sécurité des dépôts et la continuité du service de crédit. Pour certains experts, cette séquence s’explique notamment par le durcissement de la supervision.
Selon David Kengne, directeur général de Microfinance Academy, la réforme conduite par la Cobac en 2015 a élargi le champ du contrôle au-delà des seuls ratios prudentiels. « Jusqu’en 2015, un établissement respectant ses ratios financiers était considéré comme sain. Or, certains affichaient de bons chiffres tout en étant minés par des conflits de gouvernance ou un contrôle interne défaillant », explique-t-il.
Le nouveau cadre a introduit des exigences plus strictes en matière de contrôle opérationnel, de conformité, de gestion des risques et d’audit interne. Après une période de transition allant jusqu’en 2020, la Cobac, le régulateur bancaire de la Cemac, a intensifié ses contrôles à partir de 2021, entraînant la fermeture ou la mise sous tutelle d’établissements jugés non conformes, au Cameroun comme ailleurs dans la sous-région.
Pour les autorités, l’objectif est d’assainir un secteur devenu stratégique pour le financement de l’économie sous-régionale.
BRM
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