A Bangkok, le Cameroun plaide pour des financements moins coûteux en faveur des pays en développement

Publié le 19/10/2026

Le ministre camerounais des Finances, Louis-Paul Motaze, a plaidé pour un accès accru aux financements concessionnels et un soutien renforcé des institutions financières internationales aux pays en développement, lors des Assemblées annuelles du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, à Bangkok. S’exprimant le 17 octobre devant le Comité monétaire et financier international (CMFI), au nom de plusieurs pays africains, il a insisté sur les limites des ressources que ces États peuvent mobiliser seuls pour financer leur développement.

« Les efforts nationaux seuls pourraient ne pas suffire à combler des déficits de financement croissants », affirme-t-il dans sa déclaration, traduite de l’anglais. Louis-Paul Motaze estime que la mobilisation des ressources intérieures, une meilleure gestion de la dette et le développement des marchés financiers locaux demeurent nécessaires, mais ne permettront pas, à eux seuls, de répondre aux besoins de financement.

La pression exercée par la dette reste élevée dans les économies en développement. Selon le rapport External Debt Sustainability and Development 2026 de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), leur service de la dette extérieure a atteint 1 600 milliards de dollars en 2025. Ce montant comprend les remboursements de principal et les paiements d’intérêts.

Ce total est inférieur d’environ 200 milliards de dollars au niveau observé en 2023. Mais la baisse provient principalement d’une diminution des remboursements de principal dans quelques grandes économies en développement et ne traduit donc pas un allègement généralisé de la contrainte. Les intérêts sur la dette extérieure à long terme ont, au contraire, progressé de près de 14 % en 2025. L’encours total de la dette extérieure des pays en développement a atteint 12 300 milliards de dollars.

La CNUCED relève également une montée du financement intérieur. Les instruments de dette domestique représentaient 81 % de la dette totale des administrations publiques des pays en développement en 2024. Entre 2014 et 2024, les emprunts sur les marchés intérieurs leur ont coûté en moyenne 2,8 points de pourcentage de plus que les financements extérieurs.

Cette évolution offre aux gouvernements une source de financement moins directement exposée aux mouvements des capitaux internationaux, mais elle peut aussi accentuer les liens entre les États et leurs systèmes bancaires. Une concentration plus importante des actifs bancaires dans les titres publics peut notamment réduire les ressources disponibles pour financer les entreprises.

Des financements concessionnels pour réduire le coût de la dette

C’est sur ce terrain que Louis-Paul Motaze réclame un soutien extérieur plus important. « Des financements concessionnels prévisibles […] demeurent essentiels », affirme-t-il dans sa déclaration, en associant ces ressources à une mobilisation accrue des capitaux privés et à l’intervention des institutions financières internationales.

Le groupe représenté par le ministre camerounais défend également une amélioration des mécanismes de restructuration des dettes souveraines. L’objectif est de rendre ces procédures plus rapides et prévisibles, notamment dans le cadre commun du G20, afin de réduire la durée des négociations lorsque des États ne peuvent plus assurer normalement le service de leur dette.

La déclaration insiste également sur le Fonds fiduciaire pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (PRGT), par lequel le FMI accorde des financements concessionnels aux pays à faible revenu. Elle appelle les États membres à préserver sa capacité de financement.

La même préoccupation concerne le Fonds fiduciaire d’assistance et de riposte aux catastrophes (CCRT). Ce mécanisme permet au FMI d’accorder, sous certaines conditions, un allègement du service de la dette envers le Fonds aux pays éligibles frappés par des catastrophes majeures.

Mais la recherche de financements moins coûteux ne dispense pas les États de réformer leurs propres finances publiques. La déclaration défend parallèlement une mobilisation accrue des recettes intérieures, une rationalisation des dépenses et un meilleur ciblage des subventions.

Les ajustements budgétaires ne devraient toutefois pas entraîner une réduction systématique des investissements publics productifs ou des dépenses sociales essentielles. L’accent est également mis sur la numérisation des administrations fiscales, la lutte contre l’évasion fiscale et les flux financiers illicites.

Cameroun : un risque de surendettement toujours jugé élevé

Ce plaidoyer intervient alors que le Cameroun est lui-même confronté à des contraintes de financement. À l’issue d’une mission menée à Yaoundé du 17 au 30 septembre 2026, le FMI a maintenu le pays à un niveau de risque global de surendettement élevé. L’institution a recommandé de renforcer la mobilisation des recettes intérieures et de recourir davantage aux financements concessionnels afin d’amortir les chocs qui pèsent sur les finances publiques.

Le niveau de la dette rapporté au PIB ne suffit toutefois pas à expliquer cette appréciation. Dans son analyse de viabilité publiée en mars 2026, le FMI jugeait déjà le risque extérieur et le risque global de surendettement du Cameroun élevés, tout en considérant la dette comme soutenable. L’institution mettait notamment en cause les tensions de liquidité et le poids du service de la dette plutôt qu'un niveau excessif de l'encours.

Cette distinction rejoint directement la question soulevée à Bangkok par Louis-Paul Motaze : pour les pays qui doivent continuer à financer leurs infrastructures et leurs dépenses publiques, l’enjeu ne porte pas uniquement sur le volume de dette contracté, mais aussi sur le prix auquel ils peuvent emprunter, la maturité des financements et le poids des remboursements sur leurs recettes budgétaires.

Amina Malloun à Bangkok