Un pool bancaire formé par Commercial Bank Cameroun (CBC), Afriland First Bank, Union Bank of Cameroon (UBC) et National Financial Credit (NFC) a été retenu pour accompagner Cameroon telecommunications (Camtel), opérateur historique des télécoms au Cameroun, dans la réalisation d’un programme d’investissement de 52,2 milliards de FCFA, selon de bonnes sources. Le plan vise le déploiement des réseaux 2G, 3G et 4G dans les capitales régionales et départementales, les villes universitaires et les grandes écoles du pays.
Pour mobiliser cette enveloppe, la CBC, chef de file du pool, a sollicité la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) — institut d’émission des six pays de la Cemac (Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad et RCA) — afin d’activer son guichet B. À la différence du guichet A, qui pilote les opérations d’injection et de reprise de liquidité dans le secteur bancaire sous-régional, le guichet B, désormais appelé guichet spécial de refinancement, est dédié au refinancement des crédits à moyen terme destinés à l’investissement productif. Le texte qui l’organise précise que ce refinancement ne peut excéder 60 % du montant global du projet.
Lors de la session de son Comité de politique monétaire (CPM) du 29 septembre 2025, la BEAC a donné un avis favorable à la mobilisation, via le guichet B, d’une enveloppe de 31,3 milliards de FCFA, correspondant à 60 % du programme d’investissement de Camtel. Le crédit est prévu sur sept ans, sans différé d’amortissement, à un taux indexé sur le TIAO (taux d’intérêt des appels d’offres) en vigueur à la date de la décision, soit 4,5 %. Pour rappel, ce taux auquel les banques commerciales se refinancent au guichet de la BEAC est passé à 4,75 % à l’issue du CPM du 15 décembre 2025.
Deux conditions pour décaisser le prêt
La banque centrale assortit toutefois son accord de deux conditions à la mobilisation effective de ce concours financier : « la réalisation préalable ou concomitante de l’autofinancement à porter de 11,2 milliards à 20,9 milliards, soit une hausse de 9,7 milliards ; et un engagement écrit de l’emprunteur à affecter les fonds mis à sa disposition exclusivement au déploiement de la couverture 2G, 3G et 4G dans les capitales régionales, départementales et grandes écoles du Cameroun », selon un document officiel de la BEAC auquel Investir au Cameroun indique avoir eu accès.
En pratique, Camtel devra d’abord justifier de 20,9 milliards de FCFA d’autofinancement — sa quote-part — pour permettre, via son pool bancaire, la mobilisation des 31,3 milliards de FCFA attendus du guichet B. L’entreprise devra ensuite formaliser par écrit l’affectation exclusive des fonds au déploiement de la couverture 2G, 3G et 4G, sans réallocation à d’autres usages.
La BEAC ajoute des exigences de gestion, à destination des dirigeants de Camtel : « rehausser les taux de rentabilité économique de sorte que le résultat d’exploitation représente au moins 15 %, de relever les taux de rentabilité, afin qu’ils soient ramenés à un niveau minimum requis de 10 %, et de renforcer les capitaux propres de leur entreprise pour que le ratio d’indépendance financière couvre à tout moment au moins 50 % des ressources stables », souligne l’institut d’émission.
Un outil de financement peu connu
Malgré ces recommandations, la BEAC estime le projet éligible au refinancement, « au regard de la capacité du projet à opérer des remboursements, au vu des flux de trésorerie prévisionnels, de l’évolution favorable de ses principaux ratios, de l’historique de remboursement intégral des avances de la CBC auprès de la banque centrale pour des montants supérieurs à 100 milliards de FCFA et des garanties présentées ».
Mis en place depuis les années 1990 comme outil stratégique au service du secteur productif, le guichet B demeure toutefois peu connu dans l’espace Cemac. « Au mois de juin (2025), nous avons réuni toutes les banques à Bangui et nous avons fait la présentation du guichet B, qui a vocation à financer des projets productifs. Le constat était amère : les banques ont totalement méconnu l’existence de cet instrument. Nous avons dressé un état des lieux de ce guichet sur trois ans. Il n’y a que deux banques au Cameroun qui ont porté deux projets financés via le guichet B », a déclaré Yvon Sana Bangui lors de la conférence de presse ayant clôturé le CPM de la BEAC du 29 septembre 2025.
Pour encourager banques et États à recourir davantage à cet instrument, présenté comme susceptible d’accompagner la densification du tissu productif de la Cemac, le gouverneur annonce une relecture en cours des textes qui en encadrent le fonctionnement. « Afin d’adapter ce dispositif à notre contexte d’aujourd’hui », précise Yvon Sana Bangui.
Brice R. Mbodiam
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