Finance islamique : l’EMF Savana vise jusqu’à 30 milliards de FCFA auprès de la diaspora pour l’immobilier et l’agro-industrie

Publié le 06/03/2026

Savana Finance, établissement de microfinance spécialisé dans la finance islamique, veut mobiliser entre 15 et 30 milliards de FCFA auprès de la diaspora camerounaise d’ici 24 mois via sa plateforme Savana Diaspora Connects. Le management présente l’outil comme une plateforme intégrée d’épargne, d’investissement et d’accompagnement opérationnel, structurée autour des principes de la finance islamique : adossement à des actifs réels et partage du risque.

Les capitaux ciblés doivent être orientés vers des secteurs jugés prioritaires : immobilier structurant et productif, PME à fort potentiel d’emplois, agro-industrie, transformation locale, modernisation agricole, équipement productif et services essentiels. L’objectif affiché est de convertir des transferts privés, souvent éclatés, en ressources plus structurées et mobilisables pour l’économie réelle.

Selon Oumarou Mouctar, administrateur directeur général de Savana Finance, l’ambition est de « transformer des flux financiers souvent informels et dispersés en investissements productifs, traçables et durables, capables de structurer des chaînes de valeur et de renforcer la résilience économique du Cameroun ».

Derrière la promesse, l’enjeu est double. D’un côté, capter une partie d’une épargne extérieure généralement orientée vers la consommation des ménages et des dépenses ponctuelles. De l’autre, faire accepter à des souscripteurs parfois éloignés des réalités opérationnelles locales une logique d’investissement — donc de risque — tout en encadrant ce risque par des actifs tangibles, conformément aux principes annoncés. La crédibilité du dispositif se jouera ainsi autant sur la capacité à sourcer des projets bancables que sur la qualité du suivi, de la transparence et de la traçabilité, éléments décisifs pour une diaspora qui arbitre souvent entre plusieurs pays et plusieurs supports.

Un positionnement de “catalyseur” et une cible à cinq ans

Savana Finance revendique une approche de long terme et refuse de se présenter comme « un simple collecteur de fonds, mais comme un catalyseur institutionnel de l'investissement diaspora, avec une vision de long terme ». Dans cette logique, l’établissement vise un volume cumulé compris entre 100 et 150 milliards de FCFA à l’horizon de cinq ans.

La trajectoire annoncée suppose un passage d’une logique de collecte à une logique d’origination et de gestion de portefeuille. Autrement dit : identifier des projets, structurer des véhicules d’investissement compatibles avec la finance islamique, sécuriser les flux, puis démontrer — sur plusieurs cycles — une exécution régulière (décaissements, suivi des actifs, retours sur investissement). Sur des segments comme l’immobilier et l’agro-industrie, les délais de maturation et les risques d’exécution (foncier, chaîne logistique, variabilité des rendements) pèsent mécaniquement sur la liquidité et sur la promesse de performance. En creux, la plateforme devra clarifier l’équilibre entre rendement attendu, horizon d’investissement et mécanismes de partage du risque — point sensible pour des souscripteurs habitués à des produits d’épargne plus “linéaires”.

La stratégie s’appuie sur un constat macroéconomique : la diaspora camerounaise est de plus en plus identifiée comme un levier de financement de la croissance. Estimée à environ 6 millions de personnes à travers le monde, elle a transféré vers le Cameroun plus de 362 milliards de FCFA en 2024, selon la Banque mondiale, soit 1,1 % du PIB.

Rapporté à cet ordre de grandeur, l’objectif de 15 à 30 milliards de FCFA sur 24 mois revient à capter une fraction limitée des flux annuels, mais avec un changement de nature : passer du transfert à l’investissement. C’est précisément là que se situe l’enjeu macroéconomique : si la plateforme parvient à “allonger” la ressource (épargne-investissement) et à la diriger vers des actifs productifs, elle peut contribuer à lisser une contrainte récurrente de financement des projets et des PME. À l’inverse, si la collecte progresse sans pipeline solide de projets, le risque est de créer une ressource abondante mais difficile à déployer, ou exposée à des concentrations sectorielles.

Ludovic Amara