Le prêt de 81,2 millions d’euros, soit environ 53,3 milliards de FCFA, approuvé le 13 juillet 2026 par la Banque africaine de développement (BAD), doit permettre au Cameroun de construire trois barrages collinaires et d’aménager 618 hectares irrigués dans la région du Nord. Avec la contribution attendue de l’État, soit 7,54 millions d’euros ou près de 4,95 milliards de FCFA, le coût total de cette première phase du Programme de développement de l’agro-industrie dans le Septentrion (PDAS-1) atteint 88,74 millions d’euros, environ 58,2 milliards de FCFA.
Selon un avis publié le 19 mars 2026 par l’Agence de régulation des marchés publics, les ouvrages doivent soutenir des activités agrosylvopastorales. Ils seront construits à Barkehi, dans la commune de Gashiga, arrondissement de Demsa ; à Ndjam-Badi, dans l’arrondissement de Bibémi ; et sur le site de Poli, dans le département du Faro, autour des localités du canton de Mango. Ces sites ont été retenus parmi cinq étudiés.
Les travaux doivent maintenir les activités des producteurs et des éleveurs pendant la longue saison sèche. Le projet doit aussi favoriser l’abreuvement du bétail, la pêche et la disponibilité de l’eau. Le ministère étudie aussi l’utilisation des eaux stockées pour alimenter les localités voisines en eau potable. Un bureau d’études a été recherché en mars 2026 pour évaluer les besoins, les ouvrages existants et les solutions techniques. Ces équipements restent donc à l’étude.
Un coût global équivalant à 94,2 millions de FCFA par hectare
Rapporté aux 618 hectares, le coût global représente environ 94,2 millions de FCFA par hectare. Ce ratio ne correspond toutefois pas au seul coût technique de l’irrigation. Les 58,2 milliards financent aussi trois barrages multifonctionnels, les ouvrages de retenue et de distribution, les équipements hydrauliques, les études, la surveillance des travaux, les mesures environnementales et sociales, la restauration des moyens d’existence des personnes affectées et la gestion du programme.
La BAD classe le PDAS-1 dans le secteur de l’eau et de l’assainissement, malgré sa finalité agricole. Le programme doit générer des activités dans l’hydraulique, le génie civil, les études techniques et environnementales, l’irrigation solaire, la gestion des périmètres et la transformation des produits. Il constitue davantage une plateforme hydraulique, agropastorale et climatique qu’un simple projet d’aménagement de terres.
Une ventilation financière encore attendue
Le communiqué d’approbation ne détaille ni le coût individuel des barrages, ni la part affectée aux 618 hectares, ni la ventilation entre travaux, équipements, études, indemnisations et gestion. Pour évaluer l’efficience du projet, il faudra aussi connaître la capacité de stockage de chaque retenue, le volume d’eau mobilisable, le coût des réseaux, le nombre de bénéficiaires et les dépenses d’exploitation et d’entretien.
À Poli, les mesures environnementales et sociales sont évaluées à environ 1,08 milliard de FCFA, dont près de 387 millions pour compenser les pertes de biens. Le programme implique des acquisitions foncières, des pertes de cultures et une réinstallation involontaire. Ces opérations peuvent peser sur le calendrier. La surveillance environnementale et sociale y est prévue sur 44 mois, tandis que le calendrier des indemnisations, de l’installation du chantier et des travaux reste à confirmer.
Les 40 000 hectares relèvent d’une deuxième phase
La première phase financée ne couvre que 618 hectares. Une deuxième phase prévoit de grands barrages multifonctionnels capables de stocker environ 500 millions de mètres cubes d’eau et d’irriguer plus de 40 000 hectares. Cette extension, près de 65 fois supérieure, n’est pas financée par le prêt de 81,2 millions d’euros.
Les 618 hectares représentent environ 1,5 % de l’objectif final. La BAD ne précise ni le coût de la deuxième phase, ni son calendrier, ni les partenaires attendus. Le PDAS-1 peut ainsi être considéré comme une opération de démonstration destinée à tester la mobilisation des eaux pluviales, la gestion des périmètres et le développement d’activités agricoles permanentes autour des retenues.
« À travers ce programme, la Banque africaine de développement accompagne le Cameroun dans la valorisation de son potentiel agro-industriel, la création d’emplois, le renforcement de la résilience climatique des communautés et l’attraction d’investissements privés », affirme Léandre Bassolé, directeur général de la BAD pour l’Afrique centrale.
L’efficience des 58,2 milliards de FCFA devra être mesurée au-delà du nombre d’hectares aménagés : coût du mètre cube d’eau mobilisé, disponibilité des ouvrages, évolution des rendements et des revenus agricoles, capacité d’entretien des infrastructures. Ces résultats conditionneront le passage à une agro-industrie irriguée de plus grande échelle dans le Septentrion.
Baudouin Enama