Bois : la fiscalité portée à 75 % fait chuter les droits de sortie de 7,9 milliards de FCFA en 2025

Publié le 16/07/2026

Le durcissement de la fiscalité sur les exportations de bois commence à peser sur les recettes douanières camerounaises. En 2025, les droits de sortie collectés sur cette filière ont diminué de 7,9 milliards de FCFA, soit un recul de 21,3 % sur un an, selon le Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme 2027-2029 du ministère des Finances.

Cette contreperformance contraste avec la progression générale des recettes douanières. Celles-ci ont atteint 1 152,9 milliards de FCFA en 2025, en hausse de 96,6 milliards ou 9,1 % par rapport à 2024. Le repli enregistré sur le bois constitue ainsi l’un des principaux facteurs ayant limité la performance globale de l’administration douanière.

Le ministère des Finances l’attribue au relèvement progressif des droits de sortie appliqués au bois brut, dans le cadre de la politique visant à décourager les exportations de grumes et à favoriser leur transformation au Cameroun. Le taux applicable aux bois en grumes et assimilés a été porté à 75 % de leur valeur FOB par la loi de finances 2024, contre 60 % auparavant.                                      

Cette politique produit un effet budgétaire paradoxal. En augmentant fortement le coût fiscal des exportations de grumes, l’État réduit leur attractivité et, par conséquent, l’assiette sur laquelle il prélève les droits de sortie. La hausse du taux ne suffit donc plus à compenser la contraction des volumes exportés.

Les exportations de grumes chutent de 26,5 %

Les données de l’Institut national de la statistique confirment le recul de l’assiette taxable. En 2025, le Cameroun a exporté 349 611 m³ de grumes, contre 475 401 m³ un an plus tôt. La baisse atteint 125 790 m³, soit 26,5 %.

La valeur de ces exportations a parallèlement diminué de 8,37 milliards de FCFA, passant de 47,39 milliards en 2024 à 39,02 milliards en 2025, soit un recul de 17,7 %. Les quantités de bois publiées par l’INS sont exprimées en mètres cubes et non en tonnes.

La fiscalité ne constitue toutefois pas l’unique explication. Le gouvernement relève également une « atonie » de la branche sylviculture et exploitation forestière en 2025, liée notamment au recul de la demande extérieure. Le ralentissement des exportations résulte donc à la fois du resserrement de la politique publique et d’une conjoncture commerciale moins favorable.

Le niveau enregistré en 2025 est le plus faible des cinq dernières années. Il confirme que la stratégie de réduction des ventes de bois brut à l’étranger produit désormais des effets visibles sur les flux commerciaux. Mais la baisse des grumes ne suffit pas, à elle seule, à démontrer une montée en puissance de la transformation locale.

Les sciages ne compensent pas la baisse des grumes

Les exportations de bois sciés, qui constituent le principal produit de la filière, ont elles aussi reculé en 2025. Les volumes sont passés de 895 572 à 762 007 m³, soit une diminution de 14,9 %.

En valeur, les recettes tirées des sciages ont chuté de 22,62 milliards de FCFA, passant de 180,28 milliards à 157,67 milliards, en baisse de 12,5 %. Le manque à gagner enregistré sur les sciages est ainsi près de trois fois supérieur à celui observé sur les grumes.

Au total, les exportations de bois et d’ouvrages en bois ont généré 217,63 milliards de FCFA en 2025, contre 249,70 milliards en 2024. La filière a donc perdu 32,07 milliards de FCFA de recettes d’exportation, soit 12,8 %, tandis que les volumes diminuaient de 26,7 %.

Ces chiffres montrent que la contraction des grumes ne s’est pas encore traduite par une augmentation suffisante des exportations de produits transformés. Quelques segments plus avancés progressent néanmoins. Les volumes de contreplaqués, bois plaqués et produits stratifiés ont augmenté de 34,1 %, tandis que leur valeur a progressé de 15,6 %. Les feuilles de placage ont, pour leur part, enregistré une hausse de 5,3 % en volume, mais un léger recul de 1,3 % en valeur.

La transition industrielle apparaît donc inégale : les produits de transformation plus poussée avancent sur certains segments, mais leur poids reste trop faible pour compenser le recul des grumes et des sciages.

Le pari de la transformation locale à l’épreuve de 2028

Le gouvernement entend poursuivre cette réorientation jusqu’à l’échéance du 1er janvier 2028, présentée dans le DPEB comme la date d’interdiction sous-régionale des exportations de bois en grumes. Pour préparer cette étape, l’État prévoit d’accorder des incitations aux exploitants afin qu’ils acquièrent des équipements de troisième transformation et de renforcer la préférence accordée au mobilier fabriqué localement dans la commande publique.

L’objectif est de déplacer la création de valeur vers le sciage avancé, le déroulage, le placage, le contreplaqué, la menuiserie et la fabrication de meubles. Cette stratégie doit également permettre de retenir davantage d’investissements et d’emplois industriels au Cameroun avant l’ouverture de nouveaux débouchés, notamment dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine.

Mais les résultats de 2025 montrent que cette transition entraîne, à court terme, un coût budgétaire et commercial : baisse des droits de sortie, contraction des exportations de grumes et recul simultané des sciages. La fiscalité atteint donc son premier objectif — décourager les ventes de bois brut — sans que les données disponibles permettent encore de conclure à une compensation par la transformation locale.

La réussite de cette politique devra désormais être appréciée à partir d’autres indicateurs : volumes effectivement transformés dans les usines camerounaises, investissements industriels, emplois créés, ventes sur le marché intérieur et nouvelles recettes fiscales générées par les entreprises de transformation. À ce stade, la baisse des exportations de grumes est acquise ; le gain de valeur ajoutée attendu reste à démontrer.

BRM 

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