Port de Limbé : le Cameroun ouvre des discussions avec TIL, le bras portuaire du groupe MSC

Publié le 20/07/2026

Le gouvernement camerounais explore une nouvelle piste pour relancer le projet de port en eau profonde de Limbé, dans la région du Sud-Ouest. Le Premier ministre, Joseph Dion Ngute, a reçu le 15 juillet à Yaoundé une délégation de Terminal Investment Limited (TIL), société basée en Suisse et spécialisée dans le développement, l’acquisition et l’exploitation de terminaux à conteneurs.

Étroitement liée à Mediterranean Shipping Company (MSC), l’un des principaux armateurs mondiaux, TIL pourrait apporter au projet camerounais une expertise technique, une capacité d’investissement et, surtout, un accès au réseau maritime international du groupe.

À l’issue de l’audience, David El-Bez, directeur Atlantique Est et Afrique de TIL, a confirmé l’ouverture des discussions. « Nous sommes venus à l’invitation des autorités camerounaises afin d’examiner les possibilités de développement du port en eau profonde de Limbé », a-t-il déclaré.

À ce stade, aucune attribution de marché ni aucun accord d’investissement n’a été annoncé. La rencontre marque néanmoins une nouvelle étape dans les démarches engagées par les autorités pour identifier un partenaire capable de porter une infrastructure évoquée depuis près de quinze ans.

Un projet relancé après plusieurs années de retard

Le projet de port en eau profonde de Limbé a connu plusieurs phases de relance sans parvenir jusqu’ici au démarrage des travaux. En 2019, le gouvernement avait confié à un cabinet international l’actualisation de l’étude de faisabilité. Le processus avait été suspendu en 2020 en raison de la pandémie de Covid-19, avant de reprendre en 2021 et de s’achever l’année suivante.

Le dossier semble désormais bénéficier d’une attention accrue de l’exécutif. Le 18 juin, le Premier ministre avait réuni les principales administrations et institutions concernées afin d’examiner les modalités de mise en œuvre du projet sur la base de l’étude actualisée.

L’audience accordée à TIL moins d’un mois plus tard suggère que le gouvernement cherche à passer de la phase des études à celle de la structuration technique et financière. Cette séquence reste toutefois préliminaire : ni le modèle de partenariat, ni le calendrier de réalisation, ni le niveau d’engagement attendu du partenaire privé n’ont encore été rendus publics.

TIL veut mobiliser l’écosystème mondial de MSC

Au cours des échanges avec le Premier ministre, les responsables de TIL ont proposé de mettre à la disposition du Cameroun leur expertise dans la construction et l’exploitation de terminaux portuaires, ainsi que les standards internationaux appliqués au sein du réseau de MSC.

L’intérêt de cette offre dépasse la seule construction d’infrastructures. L’adossement de TIL à MSC pourrait permettre au futur port de Limbé de bénéficier plus rapidement de connexions avec les grandes lignes maritimes internationales, un facteur déterminant pour attirer des volumes de marchandises et rentabiliser une nouvelle plateforme portuaire.

« À l’issue de cette rencontre avec le Premier ministre, nous travaillerons avec les autorités camerounaises afin d’identifier les propositions que nous pourrons formuler en matière de développement du port en eau profonde de Limbé », a précisé David El-Bez.

TIL et MSC ne découvrent pas le marché camerounais. Le groupe est déjà actif dans l’environnement portuaire national, notamment à Douala et à Kribi. Il est également présent dans le secteur logistique à travers des projets liés au transport ferroviaire assuré par Camrail.

Cette implantation existante pourrait faciliter l’évaluation des flux, des contraintes logistiques et du potentiel commercial du futur port. Elle n’écarte cependant pas la nécessité, pour l’État, de clarifier la répartition des risques, les garanties éventuelles, les conditions de financement et le régime d’exploitation de l’infrastructure.

Une infrastructure tournée vers le Nigeria et l’Afrique de l’Ouest

S’il est réalisé, le port en eau profonde de Limbé deviendrait la troisième grande infrastructure portuaire du Cameroun, après Douala et Kribi, sur une façade maritime d’environ 400 kilomètres.

Son positionnement géographique constitue son principal avantage stratégique. Situé dans le Sud-Ouest, à proximité du Nigeria, le port pourrait servir de plateforme d’échanges avec la première économie du continent et offrir au Cameroun un accès renforcé aux marchés d’Afrique de l’Ouest.

Le projet pourrait aussi compléter les fonctions actuelles des ports de Douala et de Kribi. Douala concentre encore l’essentiel du trafic national, mais reste confronté à des contraintes de profondeur et de congestion. Kribi, conçu pour accueillir de grands navires, poursuit pour sa part l’extension de ses capacités.

Limbé pourrait ainsi être positionné sur des segments spécifiques, à condition que les autorités définissent clairement sa vocation : terminal à conteneurs, port industriel, plateforme énergétique, port polyvalent ou combinaison de plusieurs activités.

Cette clarification sera déterminante pour éviter une dispersion des investissements publics et une concurrence mal coordonnée entre les différentes infrastructures portuaires du pays.

Un investissement supérieur à 400 milliards de FCFA

Le coût du projet est estimé à plus de 400 milliards de FCFA. Un tel montant rend probable le recours à un partenariat public-privé ou à un montage associant plusieurs investisseurs et bailleurs.

L’État devra également préciser les infrastructures connexes nécessaires à la viabilité du port : routes d’accès, connexions ferroviaires, alimentation électrique, zones logistiques, dispositifs douaniers et sécurisation du foncier.

Sans ces équipements, une infrastructure portuaire, même moderne, risquerait de ne pas atteindre les volumes nécessaires à son équilibre économique.

Le projet aurait déjà suscité l’intérêt d’investisseurs américains et turcs. L’entrée en scène de TIL renforce la compétition potentielle autour du dossier, mais elle ne préjuge pas du choix final du gouvernement.

Pour le Cameroun, l’enjeu sera moins d’accumuler les manifestations d’intérêt que de sélectionner un montage capable de garantir le financement, la réalisation et l’exploitation commerciale du port. Après près de quinze années de gestation, la crédibilité du projet dépendra désormais de la capacité des autorités à fixer un calendrier, choisir un partenaire et sécuriser les investissements associés.

Ludovic Amara

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