Le 13 janvier 2026, le Cameroun a officiellement lancé Urban’Her, une initiative visant à encourager les jeunes filles à s’intéresser aux métiers de la ville et à devenir des actrices de la planification urbaine. La première session, organisée à l’École nationale supérieure polytechnique de Yaoundé, a été coprésidée par la ministre de l’Habitat et du Développement urbain, Célestine Ketcha Courtès, le ministre de l’Enseignement supérieur, Jacques Fame Ndongo, et la ministre de la Promotion de la femme et de la famille, Marie Thérèse Abena Ondoa.
Urban’Her s’inscrit dans le cadre du projet Plateforme Urbaine au Cameroun (PUC), mis en œuvre par Expertise France avec le soutien de l’Union européenne, et s’aligne sur la dynamique de la Plateforme nationale des acteurs de l’urbain (PNAU). L’initiative réunit écoles, institutions publiques, partenaires multilatéraux et société civile, en proposant aux participantes un espace d’apprentissage, d’échanges et d’inspiration.
Sur le fond, le programme initie les participantes à la planification urbaine et territoriale comme un processus global et évolutif, reliant visions nationales et actions locales. Il intègre également des dimensions de durabilité, d’innovation numérique et de justice sociale. L’exercice central consiste à imaginer la ville camerounaise de 2050, afin de faire émerger des solutions face à l’urbanisation rapide, à la pression foncière et aux changements climatiques.
Pour le gouvernement, Urban’Her dépasse le cadre d’une formation technique. L’initiative est présentée comme une démarche d’empowerment féminin, inscrite dans le cadre du nouveau septennat du président Paul Biya, qui place les femmes et les jeunes au centre du développement national. L’objectif affiché : former une nouvelle génération de leaders capables de bâtir des villes viables, inclusives et équitables, tout en renforçant la place des femmes dans des métiers encore largement masculins.
Obstacles à la mise en œuvre
Malgré son potentiel, Urban’Her se heurte à plusieurs contraintes opérationnelles. D’abord, l’accès et la participation des jeunes filles aux formations techniques restent limités dans certaines régions, en raison de disparités socio-économiques et culturelles. La sensibilisation et l’accompagnement deviennent, dans ce contexte, des conditions de montée en charge pour toucher un public large et diversifié.
Ensuite, l’enjeu porte sur l’absorption concrète des compétences dans la planification urbaine camerounaise. Selon la Banque mondiale, le taux de croissance annuel de l’urbanisation au Cameroun est de 3,6 %, et près de 73 % de la population vivra en zone urbaine d’ici 2050, contre 53 % en 2023. Cette dynamique accroît la complexité des besoins en logement, mobilité, gestion des déchets et infrastructures, et renforce la nécessité d’une coordination entre autorités locales, urbanistes et communautés.
Troisième contrainte : la numérisation et l’innovation, piliers d’Urban’Her, restent freinées par le manque de ressources technologiques et par une maîtrise inégale des outils numériques dans certaines institutions et collectivités. Pour que les participantes puissent peser sur la planification urbaine, un renforcement de la formation aux Systèmes d’information géographique (SIG), au cadastre polyvalent et aux plateformes digitales collaboratives est identifié comme un passage obligé.
Enfin, la durabilité de l’initiative dépendra de sa capacité à transformer les apprentissages en opportunités professionnelles concrètes. À défaut de stages, de mentorat et d’intégration dans des projets urbains réels, le programme pourrait rester cantonné à une dimension académique, limitant son impact sur le terrain.
Malgré ces défis, Urban’Her est présenté comme une réponse stratégique aux enjeux de l’urbanisation au Cameroun. En articulant leadership féminin et compétences techniques, l’initiative entend contribuer à des villes mieux planifiées, plus inclusives et durables, et à une participation accrue des jeunes filles à la définition de leur futur et de celui du pays.
Patricia Ngo Ngouem