Le pape Léon XIV est attendu ce jeudi 16 avril à Bamenda, chef-lieu de la région du Nord-Ouest et l’un des principaux foyers de la crise anglophone qui secoue le Cameroun depuis près d’une décennie. Cette étape, l’une des plus sensibles de sa visite apostolique, se déroule dans un contexte particulier : l’annonce, par des groupes séparatistes, d’une suspension des hostilités pour trois jours à compter du 15 avril.
Dans une région marquée par des affrontements récurrents entre groupes armés séparatistes et forces de sécurité, cette trêve temporaire apparaît comme un fait rare. Elle traduit, au moins à court terme, la portée symbolique de la visite du chef de l’Église catholique dans une zone profondément éprouvée par la violence.
Selon le programme officiel, le souverain pontife doit prononcer un discours à la cathédrale Saint-Joseph, avant de célébrer une messe à l’aéroport de Bamenda, réaménagé pour l’occasion. À travers cette séquence, Léon XIV s’adresse à une population fragilisée par des années de conflit, de déplacements forcés et de traumatismes.
Déclenchée fin 2016 par des revendications d’enseignants et d’avocats dans les régions anglophones, la crise s’est transformée en conflit armé à partir de 2017. Depuis, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest vivent au rythme des violences, avec de lourdes conséquences humaines et sociales.
Dans ce contexte, la visite du pape dépasse le seul registre pastoral. Elle remet sous les projecteurs une crise souvent reléguée à l’arrière-plan de l’actualité internationale, tout en portant un message direct aux populations civiles comme aux protagonistes du conflit.
Arrivé le 15 avril à Yaoundé en provenance d’Alger, où il a entamé sa tournée africaine, Léon XIV a d’ailleurs placé son séjour camerounais sous le signe de la paix. Devant le président Paul Biya, les autorités du pays, le corps diplomatique et des représentants de la société civile, il a appelé à « rejeter la logique de la violence et de la guerre », plaidant pour une paix « fondée sur l’amour et la justice ».
À Bamenda, cet appel trouve un écho particulier. Dans une ville et une région habituées à l’instabilité, la trêve annoncée nourrit un espoir prudent. Mais sur le terrain, la méfiance demeure. Les habitants, souvent confrontés à des revirements soudains, savent combien les accalmies peuvent être brèves.
Pour certains observateurs, cette suspension temporaire des combats pourrait ouvrir, au moins symboliquement, un espace en faveur d’un dialogue plus inclusif. Rien ne permet toutefois d’affirmer, à ce stade, que cette parenthèse se prolongera au-delà de la visite pontificale.
Quatrième visite d’un pape au Cameroun, ce déplacement de Léon XIV s’inscrit aussi dans une séquence historique. Il devient le troisième souverain pontife à se rendre dans le pays sous la présidence de Paul Biya, après Jean-Paul II en 1985 et 1995, puis Benoît XVI en 2009.
Patricia Ngo Ngouem
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