À deux semaines de la clôture du quatrième Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH-4), le ministère de l’Administration territoriale mobilise les autorités administratives pour accélérer les opérations dans les localités affichant encore une faible couverture.
Dans un message-fax daté du 17 juillet 2026, portant la mention « Très urgent » et dont une copie circule en ligne, le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, demande aux sous-préfets, sous la supervision des préfets et des gouverneurs, de s’impliquer personnellement dans le suivi du dénombrement. L’opération doit prendre fin le 31 juillet 2026.
Le RGPH-4 est réalisé simultanément avec le module de base du Recensement général de l’agriculture et de l’élevage (RGAE). À l’approche de l’échéance, le Minat redoute que les retards accumulés dans certaines unités administratives ne compromettent l’exhaustivité de la collecte.
Les sous-préfets sont ainsi invités à suivre quotidiennement l’évolution du recensement dans leurs circonscriptions, à faciliter le travail des agents recenseurs et à prendre des mesures correctives dans les zones où les résultats restent inférieurs aux attentes.
Le document ne fournit toutefois ni le taux national de couverture atteint à cette date ni le nombre de ménages restant à recenser.
Le Minat dénonce des « performances médiocres »
Le ton du message traduit la préoccupation du gouvernement face aux résultats enregistrés dans certaines localités. Paul Atanga Nji demande aux autorités administratives de corriger les « performances médiocres actuellement enregistrées dans certaines unités administratives » et de prendre « toutes les mesures d’urgence qu’exige la situation actuelle peu reluisante ».
Le ministre mise notamment sur la mobilisation des relais locaux pour convaincre les ménages qui n’ont pas encore participé au recensement.
« Je vous instruis de vouloir bien mobiliser les chefs traditionnels, les responsables des partis politiques, les responsables religieux, les élus, les forces vives et les acteurs sociaux de vos unités administratives respectives à l’effet d’appuyer les agents recenseurs », écrit-il.
Ces acteurs doivent contribuer à sensibiliser les populations, à faciliter l’accès des agents aux ménages et à réduire les réticences observées sur le terrain.
La qualité du recensement dépend en effet de sa capacité à couvrir la totalité du territoire et à intégrer les ménages vivant dans les zones urbaines denses, les quartiers périphériques, les localités enclavées ou les régions confrontées à l’insécurité.
Douala et Yaoundé parmi les zones en retard
Cette mobilisation intervient après une réunion du comité technique chargé du suivi du RGPH-4. Selon les informations issues de ces travaux, plusieurs difficultés continuent de ralentir le dénombrement.
Il s’agit notamment d’un nombre insuffisant de chefs d’équipe, de faiblesses dans l’organisation du dispositif de terrain et d’une adhésion limitée des populations dans certaines circonscriptions.
Les retards concerneraient notamment des localités de la région du Sud-Ouest, les arrondissements de Douala III et Douala V, ainsi que certains secteurs de Yaoundé VI.
Le comité technique recommande une meilleure répartition des agents de collecte, un renforcement de leur encadrement et une implication accrue des autorités administratives et des responsables communautaires.
La situation est particulièrement sensible dans les grandes agglomérations, où la densité de la population, la mobilité des ménages, les difficultés d’accès à certains domiciles et la méfiance de certains habitants peuvent ralentir les opérations.
Une rallonge de 6 milliards de FCFA
Le délai supplémentaire accordé aux équipes de terrain témoigne déjà des difficultés rencontrées. Initialement prévue pour s’achever le 29 mai 2026, la phase de dénombrement a été prolongée jusqu’au 31 juillet par un arrêté signé le 29 mai par le Premier ministre, Joseph Dion Ngute.
Cette prorogation aurait été accompagnée d’une enveloppe supplémentaire de 6 milliards de FCFA. Le coût cumulé du RGPH-4 et du module de base du RGAE atteindrait ainsi environ 19 milliards de FCFA, contre 13 milliards mobilisés au lancement du dénombrement, le 24 avril 2026.
La prolongation de plus de deux mois devait permettre de renforcer les équipes, de couvrir les zones insuffisamment recensées et d’améliorer la qualité des données collectées.
À mesure que l’échéance approche, l’administration territoriale devient ainsi l’un des principaux leviers utilisés par le gouvernement pour éviter une nouvelle extension du calendrier.
Des données démographiques vieilles de plus de vingt ans
L’enjeu dépasse la seule clôture administrative de l’opération. Le dernier recensement général achevé au Cameroun remonte à 2005. Les principales données démographiques utilisées pour planifier les politiques publiques reposent donc sur une base vieille de plus de vingt ans, complétée depuis par des projections statistiques.
Les résultats du RGPH-4 doivent permettre d’actualiser les informations sur la population, la répartition des ménages, le logement et les conditions de vie. Ils serviront notamment à orienter les politiques en matière de santé, d’éducation, d’emploi, d’infrastructures et de décentralisation.
Le couplage avec le module de base du recensement agricole doit également fournir des données actualisées sur les exploitations, les activités d’élevage et les ménages agricoles.
À quelques jours de la clôture, le principal défi ne consiste donc pas seulement à achever le dénombrement dans les délais. Il s’agit surtout d’éviter que les zones insuffisamment couvertes ne fragilisent la représentativité des résultats et, par conséquent, la fiabilité des futures décisions publiques fondées sur ces données.
Patricia Ngo Ngouem
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