Eau potable : Camwater lance 200 bornes-fontaines pour pallier un réseau public qui ne couvre que 29 % des ménages

Rédigé le 16/01/2026
Investir au Cameroun

La Cameroon Water Utilities Corporation (Camwater), société publique en charge de la gestion de l’eau potable au Cameroun, annonce la construction de 200 bornes-fontaines publiques à gestion communautaire au cours du premier semestre 2026. Selon une note d’information consultée par SBBC, l’initiative sera conduite avec les collectivités territoriales décentralisées (CTD), dans le cadre des directives du chef de l’État visant à renforcer durablement l’accès à l’eau potable.

Lors de son adresse à la nation du 31 décembre 2025, le président Paul Biya a prescrit l’intensification des travaux de réhabilitation et d’extension des réseaux de distribution pour répondre durablement aux besoins. Il a fait état de « progrès remarquables » réalisés « en dépit de nombreuses contraintes internes et externes ». Camwater présente ces nouvelles bornes-fontaines comme une réponse immédiate dans les zones à forte tension hydrique.

La répartition annoncée vise à réduire les distances de puisage dans les zones urbaines et rurales les plus défavorisées : 50 bornes-fontaines à Yaoundé, 50 à Douala et 10 dans chacune des dix régions. « À l’issue de cette phase pilote de six mois, l’opération sera progressivement étendue, en fonction des résultats obtenus, des besoins exprimés par les CTD et de la disponibilité des ressources, afin de couvrir un nombre accru de zones prioritaires à forte tension hydrique », indique la société.

Sources alternatives

Une enquête 2021 de l’Institut national de la statistique (INS) indique que 29 % des ménages bénéficient du réseau public de distribution. Camwater reconnaît perdre 53 % de sa production en raison de fuites et de branchements non autorisés. Les ménages recourent dès lors à des sources alternatives : 40 % aux forages et puits à pompe, 17 % aux puits protégés, 14 % aux puits non protégés et 10 % aux sources protégées, une option associée à des risques sanitaires non négligeables.

Camwater qualifie le déploiement des bornes-fontaines de « mesure palliative dans les grandes agglomérations », en attendant le démarrage effectif des projets de reconfiguration des systèmes d’alimentation en eau potable à Yaoundé et Douala, programmés en 2026. Parmi les projets cités figurent Sewash, soutenu par la Banque mondiale, le PAEPYS (alimentation en eau potable de Yaoundé et ses environs à partir du fleuve Sanaga) et la réhabilitation et l’extension de la station de Japoma à Douala, pour augmenter la capacité de production et de distribution.

Camwater mentionne aussi une campagne nationale de 200 000 nouveaux branchements, destinée à rapprocher le réseau des foyers, réduire les branchements frauduleux et élargir la base des abonnés.

Un accès universel en milieu urbain (100 %) et 85 % en zone rurale d’ici 2030

En 2023, Camwater indique avoir construit et mis en service 76 bornes-fontaines publiques à Ngaoundéré, capitale régionale de l’Adamaoua. « Fort de cette expérience concluante, le directeur général de la Camwater, avec l’aval de son conseil d’administration, a décidé de changer d’échelle. Les 200 nouvelles bornes fontaines traduisent une ambition claire : rapprocher durablement l’eau potable des ménages, soulager les femmes et les enfants, et offrir un accès sécurisé à une eau de qualité aux couches défavorisées », soutient la société. Camwater dit également vouloir « réduire les tensions liées à la rareté de la ressource, limiter les conflits autour des points de puisage existants et renforcer le vivre-ensemble au sein des communauté ».

Le Cameroun s’était fixé un objectif de 75 % d’accès à l’eau potable dans sa Vision 2025. La Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30) vise désormais un accès universel en milieu urbain (100 %) et 85 % en zone rurale d’ici 2030. Le texte présente l’initiative des 200 bornes-fontaines comme un signal de la reconnaissance de lacunes persistantes, notamment pour les populations vulnérables, et souligne que l’atteinte de l’ODD 6 suppose de multiplier et d’intensifier les projets.

Patricia Ngo Ngouem