« Yaoundé ville propre » : des jeunes en renfort, mais une crise des déchets qui reste d’abord structurelle

Rédigé le 04/02/2026
Investir au Cameroun

Yaoundé génère près de 3 000 tonnes de déchets par jour, dont à peine la moitié est effectivement collectée et traitée. Le volume progresse sous l’effet combiné de la croissance démographique et de l’urbanisation accélérée, alors que la capacité de collecte peine à suivre. Résultat : la capitale camerounaise présente par endroits l’image d’une « poubelle à ciel ouvert », avec des tas d’ordures visibles aux carrefours, sur les trottoirs et le long des grandes artères.

Face à une situation jugée préoccupante, le gouvernement a lancé l’opération spéciale d’hygiène et de salubrité « Yaoundé ville propre », prescrite par le président Paul Biya. Objectif : restaurer l’image et le cadre de vie de la capitale, en mobilisant des moyens additionnels et en réorganisant les modalités de collecte.

Dans ce cadre, des « milliers de jeunes » ont été recrutés, selon Cameroon Tribune, pour prêter main forte aux deux opérateurs en charge de la collecte, Hysacam et Thychlof. À Yaoundé II, environ 500 jeunes ont été engagés grâce à une dotation spéciale présidentielle de 265 millions de FCFA. À Yaoundé III, 350 jeunes ont été déployés pour assurer l’assainissement de la commune, précise la CRTV. Leur mission : balayer les rues, nettoyer les carrefours et désengorger les zones les plus insalubres, en appui direct aux équipes des deux entreprises, régulièrement débordées par les volumes à évacuer, selon les autorités locales.

Lors d’un point de presse le 26 janvier 2026 à Yaoundé, le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a indiqué que le chef de l’État a accordé une dotation spéciale à chaque commune d’arrondissement pour maintenir la ville propre. Parmi les mesures annoncées figure le retrait, durant tout le mois de février 2026, des bacs à ordures visibles sur les grands axes et les bordures de routes principales. Les autorités prévoient aussi l’identification de sites aménagés où les déchets pourront être déposés sans gêner la circulation, ainsi qu’une collecte des ordures entre minuit et 6 heures du matin, afin d’éviter l’exposition des immondices et les odeurs nauséabondes en pleine journée.

Une solution durable ?

L’initiative est saluée, mais une question demeure : le renfort de jeunes, aussi massif soit-il, peut-il régler durablement l’insalubrité à Yaoundé ? Deux défis persistent : l’incivisme, avec des dépôts anarchiques d’ordures à toute heure et en tout lieu, et une démographie galopante qui accroît chaque année la production de déchets sans que les infrastructures ne suivent au même rythme.

Sans évolution des comportements, amélioration de l’éducation à l’environnement et renforcement durable des capacités des opérateurs, « Yaoundé ville propre » risque de rester une campagne ponctuelle, davantage curative que structurelle. Le scénario rappelle des initiatives antérieures, comme « Coup de poing, Yaoundé sans poubelles », lancée en juillet 2024 par le ministère de l’Habitat et du Développement urbain. L’opération faisait suite au discours du chef de l’État du 31 décembre 2023, dans lequel il instruisait les acteurs de travailler en synergie pour trouver des solutions « durables et pérennes » au problème des ordures ménagères. Pourtant, le phénomène persiste.

Conscient des limites du dispositif actuel, le gouvernement réfléchit depuis 2024 à une stratégie pérenne, notamment dans le cadre du Programme d’appui à l’accélération et à l’approfondissement de la décentralisation et du développement local au Cameroun (Paadd). Soutenue par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), cette initiative vise à renforcer les capacités des collectivités territoriales décentralisées (CTD) afin de faire face à la pression croissante sur la gestion des déchets.

Dans cette perspective, les autorités projettent la création d’un second site de traitement des déchets à Ongot, dans l’arrondissement de Ngoumou (région du Centre), alors que la décharge de Nkolfoulou est proche de la saturation. L’objectif est triple : raccourcir les distances de collecte pour réduire les coûts — la gestion des ordures à Yaoundé nécessitant un budget annuel d’au moins 15 milliards de FCFA, souvent supérieur aux moyens réellement alloués —, limiter les émissions de CO₂ grâce à des trajets plus courts, et renforcer l’efficacité globale du dispositif.

En somme, l’engagement des jeunes constitue un appui visible aux efforts de nettoyage. Mais la salubrité de Yaoundé dépendra d’une stratégie plus large, combinant discipline citoyenne, urbanisation maîtrisée, investissements durables dans la gestion des déchets et responsabilisation de l’ensemble des acteurs. L’enjeu dépasse l’esthétique urbaine : mieux gérer les déchets, c’est aussi préserver les nappes phréatiques et la ressource en eau des Camerounais.

Patricia Ngo Ngouem