
Le ministère des Travaux publics (Mintp) veut accélérer le relèvement du réseau routier national en 2026 en concentrant ses interventions sur des axes jugés déterminants pour l’économie et la mobilité. Dans un communiqué publié le 4 février, le ministère annonce des actions prioritaires sur plusieurs corridors : Yaoundé–Douala, Bekoko–Pont du Nkam–Bandjoun, Yaoundé–Ayos–Bonis, Bertoua–Garoua-Boulaï, Édéa–Kribi et Békoko–Limbe–Idenau.
Cette orientation s’inscrit dans un contexte contrasté. Selon les données officielles, 2 460 km ont déjà été bitumés sur les 3 000 km programmés par la Stratégie nationale de développement 2030 (SND30). Mais la dégradation de certaines routes reste préoccupante et pèse directement sur les délais de transport, la sécurité et les coûts d’acheminement.
Yaoundé–Douala, illustration d’un coût logistique en hausse
L’axe Yaoundé–Douala cristallise les difficultés. Parcourir les 230 km séparant les deux principales villes du pays peut désormais nécessiter 5 à 6 heures, contre 3 à 4 heures dans de bonnes conditions. La dégradation de la chaussée se traduit par des retards dans les échanges commerciaux, une augmentation des coûts logistiques et une multiplication des accidents.
Pour répondre à cette pression, le Mintp annonce des « interventions sur ces axes prioritaires, tant en ce qui concerne les actions immédiates liées à l'amélioration de leur praticabilité que pour leur reconstruction avec le concours des partenaires techniques et financiers », indique le communiqué signé du ministre Emmanuel Nganou Doumessi. L’approche combine donc des mesures d’urgence (praticabilité) et des travaux plus lourds (reconstruction), en lien avec les bailleurs.
Des chantiers déjà engagés, portés par les bailleurs
Le ministère souligne que certains travaux sont déjà en cours, notamment sur Mora–Dabanga–Kousseri (205 km) et Ngaoundéré–Garoua (242 km). Le premier tronçon, financé par la Banque mondiale à hauteur d’environ 200 milliards de FCFA (soit 330 millions de dollars), vise principalement le désenclavement de la région de l’Extrême-Nord.
Le second axe représente un coût global de 221,5 milliards de FCFA, financé par la Banque africaine de développement (208,7 milliards de FCFA), le Fonds africain de développement (8 milliards de FCFA) et une contribution de l’État camerounais de 4,8 milliards de FCFA. Il doit améliorer la liaison entre les régions de l’Adamaoua et du Nord, avec un effet attendu sur la circulation des personnes et des marchandises.
Gouvernance, matériaux locaux et HIMO
La Conférence semestrielle des services centraux et déconcentrés du Mintp, prévue les 5 et 6 février 2026, mettra l’accent sur la gouvernance des projets routiers, l’utilisation de matériaux locaux, la contractualisation et le suivi des travaux. Elle devra aussi « arrêter les mesures optimales pour une meilleure implémentation des techniques HIMO dans l'exécution des projets routiers », un levier souvent mobilisé pour concilier entretien, coûts et emploi.
“Programme spécial” annoncé par Paul Biya
Le chantier routier s’inscrit enfin dans le cadrage rappelé par le chef de l’État. Dans son discours de vœux à la nation du 31 décembre 2025, Paul Biya a réaffirmé que la réhabilitation des routes figure parmi les priorités nationales et a annoncé le lancement, « cette année », d’un Programme spécial de réhabilitation des axes routiers dégradés, visant aussi la construction de nouvelles routes. « Il permettra notamment d’améliorer la mobilité urbaine et interurbaine, ainsi que l’accès aux bassins de production », a assuré le président.
P.N.N
