
Le parquet fédéral belge a annoncé le 3 mars 2026 l’arrestation de quatre personnes soupçonnées de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre, en lien avec le conflit armé dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun. L’enquête, ouverte à l’été 2025 après un signalement des autorités judiciaires norvégiennes, vise des faits présumés commis au Cameroun depuis 2020 dans le cadre des activités des Ambazonia Defence Forces (ADF).
Selon le communiqué, les investigations — confiées à un juge d’instruction depuis fin décembre — portent sur « un certain nombre de personnes résidant en Belgique » et soupçonnées d’appartenir à la direction de ce groupe armé sécessionniste, qui revendique la création d’un État d’« Ambazonie » dans l’ouest anglophone du pays. Le parquet affirme que, depuis la Belgique, des fonds auraient été collectés pour la lutte armée et l’achat d’armes et de munitions, et que des instructions auraient été données pour commettre des « attaques et des liquidations » au Cameroun.
Les arrestations sont intervenues lors de perquisitions menées simultanément à Londerzeel et à Anvers « dimanche dernier », précise le parquet fédéral. Trois des quatre suspects ont été placés en détention par le juge d’instruction. L’enquête est conduite en coopération avec plusieurs pays, dont la Norvège et les États-Unis, où des enquêtes similaires visent des membres présumés des ADF.
Yaoundé dénonce un soutien extérieur aux groupes armés
Ces développements judiciaires relancent, en creux, le débat sur les relais étrangers de la crise anglophone. Le gouvernement camerounais accuse régulièrement certains pays occidentaux d’héberger, voire de tolérer, des figures séparatistes actives dans la mobilisation de la diaspora, notamment via les réseaux sociaux.
Dans le même temps, les procédures engagées en Europe s’inscrivent dans un mouvement plus large de judiciarisation transnationale. En Norvège, Lucas Cho Ayaba — présenté comme une figure du mouvement séparatiste — est détenu depuis septembre 2024 et fait l’objet d’accusations évolutives, son dossier ayant récemment basculé vers des soupçons de crimes de guerre, selon des informations relayées par la presse.
Sur le terrain camerounais, la crise née en 2016 de revendications corporatistes d’enseignants et d’avocats anglophones s’est transformée en conflit armé à partir de 2017. Human Rights Watch estime qu’au moins 6 000 civils ont été tués depuis le début des violences, imputées à la fois aux forces gouvernementales et aux groupes séparatistes.
Patricia Ngo Ngouem
Lire aussi:
