Crise anglophone : International Crisis Group appelle l’UE et l’ONU à accentuer la pression sur Yaoundé

Rédigé le 06/03/2026
Investir au Cameroun

Le Cameroun figure, selon International Crisis Group (ICG), parmi les « sept priorités de paix et de sécurité pour l’Afrique en 2026 ». L’ONG avertit que « en l’absence de mouvement vers des négociations sérieuses, le conflit au Nord-Ouest et au Sud-Ouest devrait se poursuivre avec des risques croissants pour la stabilité du Cameroun ». Dans ce contexte, ICG estime que l’Union européenne (UE) — liée au pays par un partenariat allant du dialogue politique formel et régulier à la programmation de développement — dispose d’un levier susceptible de peser sur une issue durable à la crise.

« Bruxelles devrait utiliser son levier pour faire pression sur le gouvernement afin qu’il mette fin à la répression des opposants et règle le conflit dans les zones anglophones », suggère l’ONG. ICG précise les modalités d’une telle démarche : « Il pourrait, par exemple, indiquer en privé qu’il imposera des sanctions individuelles, y compris des interdictions de voyage aux acteurs autorisant l’usage de la force létale contre des manifestants pacifiques. Il pourrait également pousser Biya à relancer les négociations avec les autorités anglophones ».

France et ONU interpelées

ICG considère par ailleurs que Paris pourrait renforcer, en coulisses, l’action européenne. « Bien que Paris ait traditionnellement protégé sa relation avec Yaoundé, il n’a notamment pas félicité Biya pour sa réélection », écrit l’ONG. Elle avance un argument de levier financier et patrimonial : « La concentration des actifs de l’élite camerounaise en France suggère que l’intervention du gouvernement du président Emmanuel Macron pourrait être particulièrement efficace ».

L’ONG interpelle également l’Organisation des Nations unies (ONU). « Pour sa part, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, qui serait en contact avec Biya depuis des années, devrait également le pousser à raviver les négociations avec des figures anglophones », indique le rapport « Sept priorités de paix et de sécurité pour l’Afrique en 2026 ». ICG juge l’ONU bien placée pour une diplomatie discrète, rappelant qu’elle « a été la seule à offrir un soutien technique pour l’élection ». L’organisation va jusqu’à recommander un retour à une médiation déjà tentée : « António Guterres devrait pousser Yaoundé à réinviter le Canada, qui a dirigé ces pourparlers par le passé, à organiser une nouvelle tentative pour trouver une issue à l’impasse ».

Sur le plan intérieur, ICG relie ses recommandations au climat qui prévaut depuis la présidentielle d’octobre 2025. L’ONG estime que « les acteurs extérieurs devraient travailler ensemble pour encourager la direction du pays à faire des choix qui évitent une spirale descendante ». Elle reconnaît toutefois les limites de l’exercice : « il n’existe pas de moyen simple ou évident pour les acteurs extérieurs d’aider à calmer les choses ».

Thierry Christophe Yamb