Dans le sillage de Léon XIV, Yaoundé lance une “Maison de la confiance pour la paix”

Rédigé le 17/04/2026
Investir au Cameroun

L’initiative sera lancée en marge de la visite apostolique de Léon XIV au Cameroun. Ses promoteurs veulent inscrire ce projet dans un contexte national marqué par des tensions persistantes : enlisement du conflit dans les régions anglophones, fragilités du vivre-ensemble dans plusieurs bassins de population et défiance récurrente entre citoyens, communautés et institutions.

Au cœur du dispositif, une idée simple : les conflits ouverts sont souvent précédés par une dégradation silencieuse de la confiance. C’est sur ce terrain, en amont des affrontements, que la “Maison de la confiance pour la paix” entend intervenir. Le projet est porté par Catharsis, en partenariat avec The Okwelians et l’Ucac.

Inspirée de “L’Arbre de Confiance”, un outil développé par Pierre Winicki, l’initiative combine prévention, repérage des tensions émergentes et médiation de proximité. « Il est question, à travers cette initiative, de proposer une approche de prévention, de détection et de résolution des conflits en s’attaquant à leur racine souvent invisible : la défiance », explique Pierre Winicki, directeur du programme “Confiance, paix & prospérité” de Catharsis.

Un réseau de lieux de médiation

Le projet ne se limite pas à l’ouverture d’un espace à Yaoundé. Il doit aussi prendre la forme d’un label appelé à être déployé à travers un réseau de tiers-lieux et d’espaces de médiation sociale dans le pays. Une première phase doit consister à identifier et à labelliser ces lieux, afin d’en faire des relais locaux de dialogue et de prévention.

L’ambition affichée est de créer, à terme, des espaces capables d’accueillir des démarches de médiation enracinées dans les réalités locales. L’objectif, selon les porteurs du projet, est de favoriser la restauration du dialogue là où les tensions fragilisent déjà les relations entre groupes ou institutions.

Autre axe du dispositif : la formation de 20 “praticiens de la confiance pour la paix”. Ces relais doivent être choisis dans plusieurs zones exposées à des tensions, notamment à Buea, Douala, Maroua et Garoua-Boulaï. Chefs traditionnels, responsables religieux, membres de la société civile ou représentants administratifs pourraient faire partie de ce premier contingent.

Leur rôle sera d’identifier les signaux annonciateurs de crispations, de faciliter les échanges entre acteurs locaux et d’intervenir avant que les désaccords ne dégénèrent en conflits ouverts. Le projet mise ainsi sur une médiation de proximité, fondée sur la connaissance du terrain.

Un projet au croisement de l’expertise, du terrain et de la recherche

Le lancement de cette initiative intervient dans un climat marqué par les appels à la paix formulés lors de la visite de Léon XIV. Ses promoteurs y voient une manière de traduire ces appels en actions concrètes, à travers des outils de prévention et de médiation sociale.

Le projet repose sur un partenariat entre Catharsis, The Okwelians et l’Ucac. Les promoteurs mettent en avant la complémentarité entre l’expertise en reconstruction de la confiance, la connaissance des dynamiques sociales camerounaises et l’appui académique de l’université. Soutenue par une fondation internationale, l’initiative affiche aussi une ambition plus large : expérimenter un modèle susceptible d’être reproduit dans d’autres contextes confrontés à des fragilités similaires.

Reste désormais à mesurer la capacité de ce dispositif à s’inscrire dans la durée et à produire des effets concrets dans les territoires ciblés. Au-delà de sa portée symbolique, la “Maison de la confiance pour la paix” sera attendue sur sa capacité à faire émerger, localement, des mécanismes de dialogue capables de prévenir l’enracinement des crises.

P.N.N