
Le ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique par intérim, Fuh Calistus Gentry, s’apprête à conduire, dans les tout prochains jours, une mission de démantèlement des unités illégales de traitement de l’or dans la région de l’Est. Cette opération d’envergure mobilisera, aux côtés du ministère, la Société nationale des mines (Sonamines), les autorités administratives ainsi que les forces de maintien de l’ordre.
Présentée comme imminente, cette descente sur le terrain marque une nouvelle étape dans la reprise en main d’un secteur longtemps gangrené par l’informel, la fraude et les atteintes à l’environnement. Elle vise à mettre un terme aux activités des exploitants qui ne respectent pas les dispositions du Code minier de décembre 2023. L’objectif affiché par le ministère est de démanteler « complètement et immédiatement » les sociétés « qui ne veulent pas se plier aux mesures de redressement prescrites ».
Cette offensive s’inscrit dans le prolongement des décisions prises ces derniers mois. Dès le 9 février 2026, les autorités avaient annoncé le retrait des autorisations d’exploitation artisanale semi-mécanisée accordées aux opérateurs en infraction. Cette mesure faisait suite à la réunion tenue le 21 janvier entre l’administration minière, la Sonamines et les acteurs du secteur. À l’issue de ces échanges, un délai de 15 jours avait été accordé aux exploitants pour se conformer aux exigences réglementaires, notamment le paiement de la caution de réhabilitation des sites et la signature des cahiers des charges.
Pour plusieurs opérateurs, cet ultimatum est resté sans effet, ouvrant la voie à la phase répressive que le gouvernement entend désormais mettre en œuvre sur le terrain.
En amont de cette opération, les pouvoirs publics ont également multiplié les actions de sensibilisation. Le 9 avril, le ministre a réuni des représentants d’entreprises minières, en particulier des sociétés chinoises, afin de rappeler les obligations en vigueur. Le message a été réitéré le lendemain, à l’occasion d’une audience accordée au conseiller politique de l’ambassade de Chine au Cameroun, Li Jiang Hua.
Parmi les principales exigences fixées aux opérateurs figurent le paiement d’une caution environnementale de 63 millions de FCFA — soit 3 millions de FCFA par hectare —, la déclaration d’un seuil minimal de production, la migration vers un système d’exploitation à vase clos dans un délai de six mois, ainsi que la réalisation d’études sommaires pour les nouveaux sites. Le ministère précise qu’il s’agit là de « mesures préalables » indispensables à toute éventuelle levée des suspensions. Les autorités insistent par ailleurs sur le fait que ces dispositions s’appliquent à l’ensemble des opérateurs, sans distinction de nationalité.
Au-delà de la fermeture des sites illégaux, cette opération traduit une volonté plus large de restructuration du secteur aurifère. Longtemps dominée par une exploitation artisanale peu encadrée, la filière échappe encore en grande partie au contrôle de l’État, avec des conséquences notables sur l’économie, les recettes publiques et l’environnement.
En imposant des règles plus strictes et en engageant des actions concrètes sur le terrain, le gouvernement entend assainir la filière, mieux protéger les écosystèmes et renforcer les revenus tirés de l’exploitation de l’or. Dans cette logique, les opérateurs qui accepteront de se conformer aux exigences réglementaires pourront reprendre leurs activités, mais dans un cadre désormais plus rigoureux.
P.N.N
