
Un immeuble de type R+3 en cours de construction s’est effondré, mercredi 3 juin 2026, au quartier Bépanda Omnisports, à Douala. Selon les premières informations communiquées par la mairie de la ville, plusieurs personnes pourraient se trouver sous les décombres. Les équipes techniques de la Communauté urbaine de Douala, les sapeurs-pompiers et des riverains ont été mobilisés pour les opérations de recherche, de secours et d’extraction.
Aucun bilan définitif n’était encore disponible au moment de la rédaction. Dans un communiqué radio-presse signé par le maire de la ville, Roger Mbassa Ndine, les autorités locales indiquent que les opérations se poursuivent sur le site, avec pour priorité la sécurisation du périmètre et la prévention de tout suraccident.
Mais au-delà de l’urgence des secours, ce nouvel effondrement pose une question centrale : comment un chantier qui aurait déjà fait l’objet d’une mesure administrative de suspension a-t-il pu se poursuivre jusqu’au drame ?
Selon le communiqué de la mairie, le chantier concerné avait été mis sous scellés le 29 mai 2026 par les services de la police municipale de la Communauté urbaine de Douala. Le promoteur aurait ensuite rompu ces scellés et poursuivi les travaux, en violation des prescriptions administratives et sécuritaires. Cette version, avancée par l’exécutif municipal, devra toutefois être établie par les services compétents et, le cas échéant, par une enquête judiciaire ou technique indépendante.
L’affaire remet une nouvelle fois en lumière les failles persistantes du contrôle des chantiers dans la capitale économique. À Douala, la forte pression foncière, la spéculation immobilière et l’urbanisation rapide alimentent depuis plusieurs années une multiplication de constructions dont la conformité administrative et technique reste difficile à contrôler de manière systématique.
Le cadre légal existe pourtant. La loi n°2004/003 du 21 avril 2004 régissant l’urbanisme au Cameroun encadre l’aménagement urbain, les règles d’utilisation du sol et les actes d’urbanisme. Elle est complétée notamment par le décret n°2016/3058/PM du 28 juillet 2016 fixant les règles d’utilisation du sol et de la construction. En principe, tout projet de construction doit respecter les procédures administratives prévues, dont l’obtention préalable d’un permis de construire.
Le maire de Douala rappelle, dans son communiqué, que les promoteurs immobiliers, maîtres d’ouvrage et populations doivent se conformer strictement à ces exigences. Toute construction irrégulière expose ses auteurs à l’arrêt immédiat du chantier, à des sanctions administratives et, dans certains cas, à la démolition des ouvrages non conformes.
Ce rappel intervient dans un contexte marqué par une succession de drames similaires. Le 23 juillet 2023, l’effondrement d’un immeuble dans la ville avait causé plusieurs dizaines de morts, provoquant une vive émotion nationale et une série d’instructions gouvernementales sur le respect des normes de construction. À l’époque, les autorités avaient annoncé un renforcement des contrôles, notamment sur les permis de construire, les inspections de chantier et les constructions jugées dangereuses.
Près de trois ans plus tard, l’effondrement de Bépanda Omnisports montre que le problème reste entier. La question ne se limite plus à l’incivisme de certains promoteurs. Elle engage aussi la capacité des autorités municipales et administratives à faire appliquer leurs propres décisions, à suivre les chantiers à risque et à empêcher la poursuite de travaux pourtant signalés comme irréguliers.
Dans une ville où le bâtiment reste un secteur clé de l’investissement privé et de l’emploi urbain, chaque effondrement fragilise un peu plus la confiance dans la chaîne de contrôle : promoteurs, maîtres d’œuvre, bureaux d’études, services municipaux et administrations sectorielles. Le drame de Bépanda Omnisports relance donc, au-delà de l’émotion, l’urgence d’un audit plus rigoureux des constructions en cours et d’une responsabilisation effective de tous les acteurs du secteur.
Patricia Ngo Ngouem
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