Extrême-Nord : les attaques contre les services de santé chutent de 18 à 8 incidents en 2025

Rédigé le 16/07/2026
Investir au Cameroun

Les violences et entraves visant les services de santé ont nettement reculé dans l’Extrême-Nord du Cameroun en 2025, sans pour autant disparaître. La Coalition pour la protection de la santé en situation de conflit (SHCC) a recensé huit incidents au cours de l’année, contre 18 en 2024 et neuf en 2023, selon son rapport publié le 10 juillet 2026.

Cette amélioration reste toutefois fragile dans une région où les attaques de Boko Haram et de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP) continuent de perturber l’accès aux soins. Les violences touchent en priorité des communautés rurales déjà confrontées à la faiblesse des infrastructures sanitaires, au manque de personnel et aux déplacements provoqués par l’insécurité.

Le Mayo-Tsanaga concentre encore la moitié des incidents

Le recul le plus significatif a été enregistré dans le Mayo-Sava, où aucun incident n’a été signalé en 2025, contre cinq l’année précédente. Les attaques ont également diminué dans le Mayo-Tsanaga, même si ce département concentre encore 50 % de l’ensemble des incidents documentés dans la région.

La majorité des faits recensés concernent des centres de santé attaqués par des hommes armés, principalement identifiés comme des combattants de Boko Haram ou de l’ISWAP. Ces incursions ont donné lieu au pillage de vaccins, de médicaments, d’équipements médicaux, de panneaux solaires et de matériaux de toiture.

Des structures sanitaires ont également été vandalisées, incendiées ou détruites lors d’attaques plus larges contre des villages. Ces opérations se sont souvent accompagnées d’enlèvements, de meurtres de civils et de vols de bétail.

Des agents de santé et des enfants enlevés

Dans le Logone-et-Chari, la Coalition rapporte notamment l’enlèvement de professionnels de santé et de leurs proches après des affrontements entre les forces camerounaises et des combattants de l’ISWAP.

« Des combattants de l’ISWAP armés de fusils auraient enlevé deux agents de santé et deux enfants à leur domicile après que le groupe se fut retiré de la zone à la suite d’affrontements armés avec les forces camerounaises à un poste de sécurité dans le département du Logone-et-Chari », indique le rapport.

Ces attaques ne privent pas seulement les établissements de leurs équipements. Elles fragilisent aussi la présence du personnel soignant, interrompent les campagnes de vaccination et contraignent parfois les structures à réduire ou suspendre leurs activités.

Une baisse statistique qui ne règle pas la crise d’accès aux soins

Dans les localités éloignées, l’accès aux services de santé demeure limité par la dégradation des infrastructures, l’insécurité sur les axes routiers et la récurrence des déplacements de population. À ces difficultés s’ajoutent les flambées de maladies comme le paludisme et la fièvre jaune, qui augmentent les besoins de prise en charge.

Dans un environnement marqué par l’insécurité alimentaire et d’importants besoins humanitaires, les insuffisances du système de santé continuent d’alimenter une forte incidence des maladies évitables et de la mortalité, notamment chez les enfants et les femmes enceintes.

La réduction du nombre d’incidents en 2025 constitue donc un signal encourageant, mais elle ne signifie pas que les services sanitaires sont durablement sécurisés. Dans plusieurs zones de l’Extrême-Nord, la persistance des groupes armés continue de déterminer les lieux, les horaires et les conditions dans lesquelles les soins peuvent être fournis.

Thierry Christophe Yamb