
La Communauté urbaine de Bafoussam (CUB) veut faire des déchets plastiques une matière première et une source de revenus. Depuis le 27 février 2026, la municipalité rachète aux habitants les plastiques collectés au prix de 60 FCFA le kilogramme, dans le cadre d’une stratégie destinée à améliorer la salubrité urbaine tout en favorisant l’émergence d’activités économiques autour de la collecte, du tri, du transport et du recyclage.
Cette politique a été présentée le 14 juillet 2026 au cours d’une rencontre organisée dans la salle des délibérations de la CUB sur le thème : « Gestion des déchets dans la région de l’Ouest : un levier de développement économique durable et de création d’emplois ». Présidés par Joseph Mbatonga, représentant du gouverneur de la région de l’Ouest, les travaux ont réuni les collectivités territoriales, les administrations sectorielles, des entreprises, des partenaires techniques et financiers ainsi que des organisations de jeunes.
Pour la municipalité, l’enjeu consiste à donner une valeur marchande à un déchet jusqu’ici largement abandonné dans les rues, les marchés, les caniveaux et les cours d’eau. En rémunérant directement les collecteurs, la ville espère augmenter les volumes récupérés et créer les conditions d’une chaîne de valeur locale.
« Les objectifs de cette initiative sont une ville plus propre et plus saine, des citoyens acteurs de la protection de l’environnement [et] un revenu supplémentaire accessible à tous », explique la mairie.
Une activité accessible, mais encore faiblement rémunératrice
Au tarif de 60 FCFA le kilogramme, la collecte de 100 kilogrammes de déchets plastiques rapporte 6 000 FCFA. Une tonne représente un revenu brut de 60 000 FCFA. Le dispositif peut ainsi constituer une activité complémentaire pour les ménages, les jeunes et les récupérateurs, à condition que les volumes collectés soient suffisants et que les coûts de transport et de stockage ne réduisent pas fortement la rémunération finale.
Au-delà du rachat, la viabilité économique de l’initiative dépendra surtout de la capacité de la ville à organiser l’aval de la filière. Les déchets récupérés doivent être triés, stockés, transportés et transformés avant d’être réintroduits dans le circuit de production. Sans débouchés industriels réguliers, le système risquerait de déplacer le problème des rues vers des centres de stockage saturés.
La démarche ouvre néanmoins des perspectives pour les petites et moyennes entreprises spécialisées dans la récupération, le broyage, la transformation ou la fabrication de produits à base de plastique recyclé. Elle peut également créer des opportunités pour les opérateurs de transport, les associations communautaires et les structures de précollecte.
Près de 600 000 tonnes de déchets plastiques par an
L’initiative de Bafoussam intervient dans un contexte marqué par la persistance de la pollution plastique, malgré l’interdiction au Cameroun des emballages plastiques non biodégradables de faible épaisseur. Ces produits restent largement commercialisés et utilisés, illustrant les limites des contrôles et de l’application de la réglementation.
Selon les données attribuées au ministère de l’Environnement, de la Protection de la nature et du Développement durable, le Cameroun produit près de 600 000 tonnes de déchets plastiques par an, soit environ 10 % des déchets municipaux. Seuls 20 % de ces volumes seraient recyclés.
Cette faible valorisation entraîne des conséquences directes pour les collectivités : obstruction des caniveaux, pollution des cours d’eau, dégradation des écosystèmes et hausse des risques d’inondation. Elle accroît également les dépenses consacrées au nettoyage des villes et à l’entretien des infrastructures d’assainissement.
Le gouvernement met en œuvre une stratégie nationale de lutte contre la pollution plastique, complétée par des opérations de contrôle et de saisie des emballages non conformes. Mais l’expérience de Bafoussam repose sur un autre levier : associer l’incitation économique à la réglementation.
Transformer la contrainte environnementale en marché local
En créant une demande pour le plastique usagé, la CUB cherche à faire émerger un marché local de la récupération. La collectivité ne considère plus seulement le déchet comme une charge à évacuer, mais comme une ressource susceptible d’alimenter des activités productives.
Cette logique d’économie circulaire pourrait contribuer à réduire les volumes destinés aux décharges, à limiter les dépenses de nettoyage et à générer des emplois peu qualifiés ou semi-qualifiés. Elle pourrait aussi favoriser la fabrication locale de pavés, de matériaux de construction, de contenants ou d’autres produits issus du recyclage, sous réserve de la disponibilité des technologies et des investissements nécessaires.
Les échanges du 14 juillet ont ainsi présenté la valorisation des déchets comme un instrument de développement territorial. Pour les autorités locales, le secteur peut participer à la diversification de l’économie de Bafoussam, attirer des opérateurs privés et offrir de nouvelles sources de revenus aux populations.
Le défi du passage à l’échelle
Le succès du dispositif dépendra toutefois de plusieurs paramètres : la régularité du financement des rachats, l’implantation de points de collecte accessibles, la mobilisation des recycleurs, la traçabilité des volumes et la capacité de la municipalité à garantir des débouchés durables.
La CUB devra également mesurer les résultats de l’opération : quantité de plastique récupérée, nombre de collecteurs impliqués, revenus distribués, emplois créés et volumes effectivement recyclés. Ces indicateurs permettront de déterminer si le rachat à 60 FCFA le kilogramme constitue un véritable modèle économique ou essentiellement une opération ponctuelle de salubrité.
En faisant entrer les déchets plastiques dans un circuit marchand, Bafoussam expérimente une réponse locale à un problème national. L’initiative devra désormais prouver qu’elle peut dépasser la collecte pour déboucher sur une filière industrielle structurée et économiquement viable.
Patricia Ngo Ngouem
