Vice-présidence : après Cabral Libii, Denis Emilien Atangana demande à Paul Biya de pourvoir le poste

Rédigé le 15/10/2026
Investir au Cameroun

Six mois après l’introduction du poste de vice-président dans la Constitution, deux partis d’opposition réclament désormais qu’il soit pourvu. Après Cabral Libii, président du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN), Denis Emilien Atangana, président du Front des démocrates camerounais (FDC), demande à son tour à Paul Biya de procéder à une nomination.

« Le FDC demande avec insistance au président Biya de procéder à la nomination du vice-président de la République. Notre pays ne mérite pas une guerre de succession inutile », écrit Denis Emilien Atangana dans une publication diffusée le 14 octobre 2026 sur Facebook.

Cette sortie intervient moins d’un mois après une première interpellation de Cabral Libii. Dans une vidéo publiée le 17 septembre, le président du PCRN s’était directement adressé au chef de l’État : « Monsieur le Président de la République, nommez votre vice-président ! » Il présentait notamment cette nomination comme un moyen de « sécuriser votre magistère ».

Cabral Libii a réitéré cette position le 13 octobre. Il a accusé des responsables au sein du pouvoir de « bloquer la nomination d’un vice-président » et lié cette situation aux rivalités qu’il dit observer au sommet de l’État.

Denis Emilien Atangana invoque lui aussi le risque d’une succession conflictuelle. Il appelle les partis politiques et la société civile à faire de la nomination du vice-président une revendication nationale. « M. Paul Biya, je vous en prie, nommez le vice-président de la République pour nous éviter le pire », écrit-il.

Le président du FDC appuie également son appel sur sa propre appréciation de l’état du chef de l’État, qu’il décrit comme « épuisé ». Sa publication n'apporte toutefois aucun élément médical permettant d’étayer cette affirmation.

Le PCRN contestait surtout le mode de désignation

La position actuelle de Cabral Libii marque une évolution dans son attitude face au dispositif adopté en avril, mais pas un revirement sur l’existence même d’une vice-présidence. Lors de l’examen de la révision constitutionnelle, le PCRN avait surtout contesté le choix d’un vice-président nommé par le président de la République.

Devant la commission spéciale chargée du texte, Cabral Libii avait plaidé pour que le président et le vice-président soient élus sur un même ticket ou, à défaut, que la nomination du vice-président soit soumise à une validation parlementaire. Le PCRN avait également proposé de limiter le mandat présidentiel à sept ans renouvelable une seule fois.

Le dispositif finalement adopté est différent. La loi n°2026/002 du 14 avril 2026 dispose que le président de la République « peut être assisté d’un Vice-Président ». Le chef de l’État nomme ce dernier, fixe ses attributions et peut lui déléguer certains de ses pouvoirs.

L’enjeu devient plus important en cas de vacance de la présidence de la République. Si un vice-président est en fonction, celui-ci achève le mandat présidentiel. Si le poste n’est pas pourvu, une nouvelle élection présidentielle doit être organisée entre vingt et cent vingt jours après l’ouverture de la vacance. Durant cette période, l’intérim revient au président du Sénat.

La Constitution n’impose toutefois aucun délai à Paul Biya pour nommer un vice-président. La formulation retenue à l’article 5 — le président « peut être assisté » — laisse au chef de l’État la faculté de pourvoir ou non le poste. Les demandes du PCRN et du FDC constituent donc une pression politique pour que ce mécanisme soit activé, et non l’exigence d’exécuter une obligation constitutionnelle.

Thierry Christophe Yamb