MRC : avec Tiriane Noah comme présidente, le parti cherche à sécuriser son retour aux législatives et municipales

Rédigé le 18/10/2026
Investir au Cameroun

Tiriane Balbine Nadège Noah a été élue, samedi 17 octobre 2026 à Yaoundé, présidente du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), qu’elle dirigeait par intérim depuis la démission de Maurice Kamto le 8 septembre. Elle a obtenu 96,89 % des suffrages lors de la convention nationale extraordinaire organisée au siège du parti à Odza. Cette succession intervient à quelques mois des élections législatives et municipales, auxquelles le MRC entend participer après avoir boycotté le double scrutin de 2020.

La nouvelle présidente était devenue la grande favorite après le retrait de ses deux concurrents. Brice Ronnic Djolako avait renoncé le 23 septembre et appelé les délégués à voter pour Tiriane Noah. Pierre Emmanuel Binyam a, à son tour, annoncé son retrait le 14 octobre, trois jours avant la convention, en contestant notamment les conditions d’organisation du scrutin interne. Son désistement ayant été annoncé tardivement, son nom est toutefois resté soumis au vote, selon les comptes rendus disponibles.

Au-delà de la succession de Maurice Kamto, le changement de direction intervient après plusieurs mois de contestations administratives et internes qui avaient créé une incertitude autour de la présidence du MRC.

Dans une correspondance datée du 19 août 2026, le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, avait indiqué ne pas avoir « jugé opportun de prendre acte » des travaux de la convention extraordinaire du 21 décembre 2025, au cours de laquelle Maurice Kamto avait été reconduit à la tête du parti. Cette convention s’était tenue par visioconférence après l’interdiction d’une première réunion prévue le 29 novembre 2025 à Odza. Le MRC avait contesté la position du ministère et défendu la validité de ses décisions internes.

La convention du 17 octobre s’est déroulée dans des conditions administratives différentes. Le MRC avait déclaré la réunion le 23 septembre auprès de la sous-préfecture de Yaoundé IV et obtenu, le 28 septembre, le récépissé n°000332/RDMP/J06.04/SP. Ce document permettait la tenue de la rencontre au siège du parti à Odza.

Ce dispositif n’a pas empêché de nouvelles contestations. Willy Mengue, présenté par le MRC comme un militant exclu, a notamment demandé le retrait du récépissé avant de saisir le Tribunal administratif du Centre le 14 octobre pour obtenir la suspension de ses effets. La convention s’est finalement tenue comme prévu.

Ces épisodes comptent pour un parti qui prépare son retour aux institutions électives. En novembre 2019, Maurice Kamto avait annoncé le boycott des législatives et municipales du 9 février 2020, en invoquant notamment l’absence de réforme consensuelle du système électoral et la persistance de la crise dans les régions anglophones. Le MRC s’était ainsi retrouvé sans députés ni élus municipaux issus de ce scrutin.

Les prochaines législatives et municipales doivent donc constituer le premier test électoral national du parti depuis plusieurs années. Pour le MRC, l’enjeu est de transformer son implantation militante en sièges à l’Assemblée nationale et dans les conseils municipaux, après l’absence volontaire de 2020.

Tiriane Noah arrive à cette échéance dans une logique de continuité avec l’ancienne direction. Deuxième vice-présidente avant la démission de Maurice Kamto, elle avait été appelée à assurer l’intérim après les départs successifs de l’ancien président et de son premier vice-président, Mamadou Mota. Ce dernier a ensuite soutenu sa candidature et coordonné sa campagne. Brice Ronnic Djolako s’est également rallié à elle après avoir retiré sa propre liste.

La convention n’a toutefois pas effacé les désaccords apparus pendant la succession. Pierre Emmanuel Binyam a motivé son retrait par des critiques sur le fichier électoral et les conditions de participation des délégués, estimant que les garanties nécessaires à une compétition équitable n’étaient plus réunies.

La première échéance de Tiriane Noah sera donc autant organisationnelle qu’électorale : stabiliser la direction issue de la convention, préparer les investitures et remettre en ordre de bataille les structures locales du MRC. Après avoir choisi de rester hors des législatives et municipales de 2020, le parti veut cette fois retourner dans les urnes. Sa capacité à déposer ses candidatures puis à obtenir des élus donnera la première mesure concrète de cette succession.

Ludovic Amara