
Le tribunal de district d’Oslo a autorisé le maintien en détention provisoire de Cho Lucas Yabah, plus connu sous le nom d’Ayaba Cho Lucas, jusqu’au 10 novembre 2026, date annoncée pour l’ouverture de son procès. La décision a été rendue le 7 septembre par le juge Kristian Toft, à la demande du ministère public.
« Cho Lucas Yabah, né le 11 août 1972, peut rester placé en détention provisoire jusqu’à ce qu’une autre décision soit prise par le ministère public ou par le tribunal, mais pas au-delà du 10 novembre 2026 », indique le procès-verbal de l’audience consulté par SBBC.
Les débats doivent, selon le calendrier communiqué à SBBC, se prolonger pendant un peu plus de trois mois. Emmanuel Nsahlai, avocat américano-camerounais qui suit le dossier et a engagé des démarches contre le dirigeant séparatiste, indique que le procès est « programmé pour commencer le 10 novembre et se conclure le 19 février 2027 ».
Une première date, le 15 septembre 2026, avait auparavant été évoquée pour l’ouverture du procès. Les débats commenceront finalement près de deux mois plus tard.
Le risque de fuite de nouveau retenu
Pour maintenir Ayaba Cho en détention, le tribunal reprend un argument déjà utilisé lors de précédentes audiences : le risque qu’il se soustraie à la justice.
Selon le procès-verbal, ce risque demeure « en substance le même » que lors de la précédente prolongation de sa détention, prononcée le 10 août 2026. Le juge estime qu’aucun élément intervenu depuis ne permet de considérer qu’il aurait suffisamment diminué.
Le tribunal affirme également avoir examiné les mesures susceptibles de remplacer l’incarcération mais considère qu’elles ne permettent pas, dans ce dossier, de prévenir suffisamment le risque de fuite.
Il a en outre dérogé au principe d’un réexamen de la détention toutes les quatre semaines. D’après le juge, une nouvelle audience avant le procès aurait peu d’utilité, celui-ci étant désormais programmé et aucun changement significatif de la situation n’étant attendu dans l’intervalle.
Le maintien en détention pendant les neuf semaines séparant la décision du début annoncé du procès n’est pas jugé disproportionné. Le tribunal invoque notamment la gravité des faits soupçonnés, le niveau des soupçons retenus contre Ayaba Cho et la peine susceptible d’être prononcée en cas de condamnation.
Le procès-verbal du 7 septembre fait notamment référence à l’article 108 du code pénal norvégien, combiné à l’article 102. L’article 108 sanctionne l’entente ou l’incitation directe et publique à commettre notamment un crime contre l’humanité ou un crime de guerre. L’article 102 définit les crimes contre l’humanité, parmi lesquels figurent, lorsqu’ils s’inscrivent dans une attaque généralisée ou systématique contre une population civile, le meurtre, la privation grave de liberté, la torture ou la persécution.
Le dossier judiciaire s’est toutefois élargi depuis l’arrestation d’Ayaba Cho. En février 2026, les autorités norvégiennes ont également annoncé des accusations de crimes de guerre à son encontre. Le secrétaire général des Nations unies a ensuite fait état, dans un rapport publié en juin, de son inculpation pour crimes de guerre le 9 février 2026.
Les autorités norvégiennes enquêtent notamment sur son rôle présumé dans des violences commises au Cameroun dans le cadre du conflit dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Ayaba Cho est présenté comme l’un des dirigeants de l’Ambazonia Governing Council, auquel sont rattachées les Ambazonia Defence Forces (ADF). Il bénéficie de la présomption d’innocence et les accusations portées contre lui devront être examinées au procès.
Plus de deux ans en détention provisoire
Ayaba Cho a été arrêté à Oslo le 24 septembre 2024. Son placement en détention provisoire a été ordonné le lendemain. Les premières décisions judiciaires invoquaient notamment le risque d’altération ou de destruction de preuves. À partir de 2025, le risque de fuite est également devenu l’un des motifs utilisés pour justifier la poursuite de son incarcération.
Depuis son arrestation, la justice norvégienne a renouvelé sa détention à plusieurs reprises.
Sauf nouvelle décision d’ici là, Ayaba Cho aura passé un peu plus de deux ans et un mois en détention provisoire lorsque son procès s’ouvrira le 10 novembre.
Le procès-verbal du 7 septembre précise qu’il pouvait contester la décision de maintien en détention devant la cour d’appel dans un délai de deux semaines.
Ludovic Amara
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