
Pierre Emmanuel Binyam conteste les résultats qui lui attribuent 29 voix lors de l’élection à la présidence du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), organisée le 17 octobre 2026 à Yaoundé. Le candidat avait pourtant retiré sa liste avant le scrutin. Dans un communiqué publié à l’issue du vote, il dénonce la proclamation de « résultats fictifs ». Mamadou Mota, qui soutenait la candidature de Tiriane Balbine Noah, lui oppose « la rhétorique de la défaite » et affirme que la commission électorale ne pouvait plus modifier les bulletins à quelques jours du scrutin.
La convention extraordinaire du MRC a porté Tiriane Balbine Noah à la présidence nationale du parti. Selon les résultats annoncés à l’issue du vote, elle a obtenu 1 246 voix sur 1 286 votants, contre 29 attribuées à Pierre Emmanuel Binyam, tandis que 11 bulletins ont été déclarés nuls. Le décompte correspond à 96,89 % des votants pour Tiriane Noah. RFI rapporte également que les bulletins de Pierre Emmanuel Binyam ont été maintenus malgré son retrait intervenu avant la convention.
La liste conduite par Pierre Emmanuel Binyam avait annoncé son retrait dans un communiqué daté du 14 octobre, rendu public le lendemain. Elle invoquait notamment des désaccords sur les conditions d’organisation du scrutin et estimait que les conditions d'une compétition équitable n'étaient plus réunies.
Binyam conteste le maintien de sa liste
C’est précisément le maintien de ses bulletins qui alimente désormais la contestation de Pierre Emmanuel Binyam. Dans son communiqué du 17 octobre, il affirme que son retrait avait été formellement notifié avant l’élection.
« La liste conduite par Pierre Emmanuel Binyam a formellement notifié le retrait de sa candidature à l'élection des dirigeants nationaux du MRC (...). Cependant, il nous revient que la commission électorale a maintenu notre liste sur les bulletins et a proclamé des résultats nous concernant à l'issue du vote », écrit-il.
L’ancien candidat dénonce dès lors « la proclamation de résultats fictifs » et compare la procédure à « des méthodes peu orthodoxes observées chez Elecam ». Il juge « regrettable d'assister à de tels procédés au sein de notre propre mouvement, alors même que le combat du MRC pour un fichier électoral transparent, un code électoral équitable et consensuel est reconnu de tous à l'échelle nationale ».
Son grief ne porte donc pas sur le nombre de bulletins physiquement déposés en sa faveur, mais sur le fait que des suffrages ont été officiellement comptabilisés au nom d’une liste qui avait annoncé son retrait avant le scrutin.
Mota affirme que les bulletins ne pouvaient plus être modifiés
Mamadou Mota rejette cette lecture. Il qualifie les critiques de Pierre Emmanuel Binyam de « rhétorique de la défaite » et soutient que le retrait est intervenu alors que le processus matériel d'organisation du vote était déjà achevé.
« En matière électorale, le dépôt et la validation des listes par la commission électorale du MRC closent définitivement la composition du corps électoral et du matériel de vote », affirme-t-il. Selon lui, « vos bulletins étaient imprimés, acheminés et validés ».
Il en déduit que « la commission n'avait ni le droit, ni le pouvoir légal de modifier les bulletins à quelques heures du vote. Elle a appliqué la règle ».
Cette justification appelle toutefois une précision : les éléments publics consultés permettent de confirmer que les bulletins de Binyam ont effectivement été maintenus après son retrait, mais ils ne permettent pas, à eux seuls, d’établir la disposition précise des textes internes du MRC qui aurait interdit à la commission électorale de les retirer. Cette affirmation reste donc, en l’état, la position défendue par Mamadou Mota.
Celui-ci critique également la comparaison établie avec Elections Cameroon (Elecam), qu’il qualifie d’« insulte suprême ». « Vous utilisez les arguments de l'adversaire pour salir votre propre maison car elle a refusé de céder à vos exigences de chantage logistique. On ne réforme pas un parti en désertant la bataille », déclare-t-il.
Malgré cette nouvelle confrontation interne, Pierre Emmanuel Binyam ne remet pas en cause son appartenance au MRC. Dans son communiqué, il réaffirme sa « volonté de travailler, aux côtés de toutes les forces vives du parti, à la promotion des valeurs d'éthique, de justice électorale et de fraternité militante ».
Thierry Christophe Yamb
