
Vingt ans après sa création, la Commission nationale anti-corruption (Conac) continue de se heurter à la faible collaboration des administrations, à la lente application de ses recommandations et aux limites de ses pouvoirs. Sur 270 organismes sollicités pour contribuer à son rapport sur l’état de la lutte contre la corruption au Cameroun en 2025, seulement 112 ont répondu. Les 158 autres n’ont donné aucune suite, selon le président de la Conac, Dieudonné Massi Gams, qui a présenté le document le 8 octobre 2026 à Yaoundé.
Cette faible participation contraste avec les efforts revendiqués par l’institution depuis sa création, le 11 mars 2006. Dans l’avant-propos du rapport, Dieudonné Massi Gams reconnaît que les actions de sensibilisation, les investigations et les mécanismes de dénonciation n’ont pas permis de venir à bout de pratiques de corruption qui persistent dans les administrations publiques. Il constate également que les recommandations formulées à l’issue des enquêtes ne sont pas toujours appliquées avec la célérité attendue.
« Après deux décennies d’existence, le parcours de la CONAC n’est ni une réussite totale ni un échec », écrit le président de l’institution, qui relève néanmoins des progrès dans la sensibilisation des populations et la mise en place de dispositifs de prévention.
Des enquêtes sans pouvoir de poursuite
Parmi les obstacles identifiés figure le champ de compétence de la Conac. Le décret du 11 mars 2006 lui permet notamment de recevoir des dénonciations, d'effectuer des investigations et de réunir des éléments de preuve. En revanche, l'organisme ne dispose pas du pouvoir d'engager lui-même des poursuites judiciaires.
L’article 22 de ce décret prévoit que les dossiers constitués à l’issue des investigations sont transmis au président de la République pour les décisions appropriées. En cas de flagrant délit, le président de la Conac peut saisir directement le ministre chargé de la Justice. Dieudonné Massi Gams estime que ce dispositif limite la capacité d’intervention de la Commission face aux infractions qu’elle découvre.
Le président de la Conac déplore également l’absence de mise en œuvre effective de la déclaration des biens et avoirs des responsables publics. Cette obligation est prévue par l’article 66 de la Constitution et encadrée par une loi promulguée le 25 avril 2006. Vingt ans plus tard, l’institution considère que cette situation complique la détection de l’enrichissement illicite et le contrôle de l’évolution du patrimoine des personnes exerçant des responsabilités publiques.
À ces difficultés s’ajoutent l’insuffisance des ressources mises à la disposition de la Commission et l’évolution des pratiques de corruption, notamment avec le développement des technologies numériques.
Le rapport 2025 évalue à 6,27 milliards de FCFA les préjudices financiers liés aux faits de corruption recensés au cours de l’année, contre 4,06 milliards de FCFA en 2024. Ces montants correspondent aux préjudices identifiés par les mécanismes de contrôle et d'investigation pris en compte dans le rapport.
Pour améliorer le dispositif, Dieudonné Massi Gams plaide pour une actualisation de la législation anticorruption, une meilleure application des recommandations de la Commission et un renforcement de la protection des dénonciateurs. Il préconise également le déploiement des outils numériques et de l’intelligence artificielle dans les activités de prévention et de détection de la corruption.
Thierry Christophe Yamb
