Affaire Martinez Zogo : la défense conteste les conditions d’intégration de Bialo dans la commission d’enquête

Rédigé le 20/10/2026
Investir au Cameroun

La présence du lieutenant-colonel Dieudonné Bialo au sein de la commission mixte police-gendarmerie chargée d’enquêter sur l’assassinat de Martinez Zogo a fait l’objet d’un long interrogatoire, le 12 octobre 2026, devant le Tribunal militaire de Yaoundé. Les avocats de Jean-Pierre Amougou Belinga et Bruno Bidjang ont notamment relevé que le nom de l’officier ne figurait pas sur la liste initiale des membres de cette commission. Bialo, 35e témoin de l’accusation, a affirmé avoir remplacé un autre enquêteur, le lieutenant-colonel Ayissi Nanga.

Me Charles Tchoungang, avocat de la défense, a présenté une liste des membres de la commission, constituée en février 2023. Le nom de Dieudonné Bialo n'y apparaît pas. Interrogé sur les circonstances de son arrivée, l'officier a expliqué qu'il avait remplacé Ayissi Nanga, ancien commandant du groupement de gendarmerie du Mfoundi, après l'admission de ce dernier à l'École de guerre de Yaoundé.

Selon les explications du témoin, le commissaire du gouvernement de l'époque avait été informé de cette substitution, sans qu'un acte administratif supplémentaire soit nécessaire. Les avocats ont cherché à déterminer sur quelle base cette modification de la composition de la commission avait été effectuée.

Un autre élément a nourri leurs interrogations. Malgré son remplacement annoncé, Ayissi Nanga aurait continué à participer à certaines auditions conduites pendant les travaux de la commission, entre le 2 et le 27 février 2023. La défense a demandé des explications sur la présence simultanée des deux officiers dans les investigations.

Dieudonné Bialo a maintenu avoir appartenu à la commission. Il a toutefois distingué cette appartenance des actes d'enquête accomplis par son service. Cette distinction est au centre du désaccord : les avocats cherchent à établir les responsabilités exactes de l'officier dans les investigations et la régularité de son intervention.

Des questions sur son parcours professionnel

Avant d'aborder la commission, Me Élisabeth Essono avait interrogé le témoin sur sa carrière militaire. L'avocate voulait connaître les postes qu'il avait occupés depuis sa sortie de l'École militaire interarmées (EMIA).

Dieudonné Bialo a refusé de retracer son parcours. Le président du tribunal lui a pourtant indiqué qu'il pouvait répondre à cette question. L'officier a maintenu sa position.

L'avocate lui a également demandé s'il avait servi à la Garde présidentielle ou au Corps spécialisé de la gendarmerie aux côtés du colonel Jean-Pierre Otoulou. Le témoin a reconnu connaître ce dernier, sans détailler ses affectations antérieures.

Ces refus ont conduit Me Essono à mettre en cause la crédibilité de l'officier. Elle a notamment cherché à savoir pourquoi celui-ci ne souhaitait pas communiquer certaines informations relatives à sa carrière, alors qu'il témoignait dans une affaire criminelle.

Le lieutenant-colonel Bialo a rejeté les insinuations de la défense sur son passé militaire. Les échanges n'ont toutefois pas permis de retracer son parcours professionnel à partir de ses réponses à l'audience.

La nature des actes d'enquête discutée

Au-delà des affectations de l'officier, les débats ont porté sur les actes qu'il avait personnellement accomplis dans le dossier Martinez Zogo.

Dieudonné Bialo a expliqué que le Service central des recherches judiciaires (SCRJ), qu'il dirige, avait apporté un appui aux investigations conduites par la gendarmerie. Cet appui concernait notamment l'exploitation de données téléphoniques et d'éléments techniques recueillis après l'enlèvement du journaliste.

La défense a cherché à distinguer les interventions du SCRJ de celles réalisées dans le cadre de la commission mixte. Elle a également interrogé le témoin sur ses relations de travail avec le colonel Otoulou, qui dirigeait les investigations initiales.

Le 13 octobre, devant les avocats de Léopold Maxime Eko Eko, ancien directeur général de la Recherche extérieure (DGRE), Bialo a précisé qu'il avait assisté le colonel Otoulou sans être lui-même directeur de l'enquête. Il a expliqué que cette assistance pouvait comprendre une contribution à la réalisation d'actes d'investigation.

Les conditions exactes de sa participation à la commission demeurent néanmoins contestées par les avocats de la défense.

Le débat a connu un prolongement dans la soirée du 13 octobre. Ayissi Nanga, l'officier que Bialo affirme avoir remplacé, s'est présenté devant le tribunal. Il a déclaré recevoir des menaces de mort depuis qu'il avait été appelé à témoigner et a demandé une protection. Le président de la juridiction a demandé au commissaire du gouvernement de prendre des dispositions pour sa sécurité.

Ayissi Nanga a confirmé sa disponibilité à déposer, sans préciser les informations qu'il entend porter à la connaissance des juges.

Ludovic Amara